Cependant la vésanie aiguë de la reine s'accentuait, occasionnant à chaque heure de nouvelles calamités.
Déjà on désespérait du Fédéral, lorsqu'un matin le fétiche présenta, enracinée dans l'intérieur de sa main droite, une petite plante pressée d'éclore.
Sans hésiter, chacun vit là un remède miraculeusement offert par l'enfant vénéré pour guérir l'affection de Duhl-Séroul.
Promptement développé par des alternatives de pluie et d'ardent soleil, le végétal engendra de minuscules fleurs jaune pâle, qui, recueillies avec soin, furent, sitôt sèches, administrées à la souveraine, alors au paroxysme de l'égarement.
Le phénomène retardataire se produisit incontinent, et Duhl-Séroul, enfin soulagée, retrouva sa raison et son équitable bonté.
Ivre de joie, le peuple, par une imposante cérémonie, rendit grâce au Fédéral et, soucieux d'enrayer les crises prochaines, résolut de cultiver à l'aide d'un arrosage régulier, en la laissant par superstitieux respect dans la main de la statue sans oser semer ses germes nulle part, la plante mystérieuse qui jusqu'alors inconnue dans la contrée n'autorisait qu'une seule hypothèse: transportée dans les airs par l'ouragan depuis de lointaines régions, une graine, atteignant en sa chute la dextre de l'idole, avait mûri dans la terre végétale régénérée par la pluie.
Suivant la croyance unanime l'omnipotent Fédéral avait lui-même déchaîné le cyclone, conduit la semence jusqu'à sa main et provoqué chaque ondée germinatrice.
Tel était dans l'exposé d'Ibn Batouta le passage favori de l'explorateur Échenoz, qui, une fois à Tombouctou, s'enquit du Fédéral.
Une scission survenue entre les tribus solidaires l'ayant privé de toute signification, le fétiche, banni de la place publique et relégué comme simple curiosité parmi les reliques d'un temple, avait depuis longtemps sombré dans l'oubli.