Manipulant l'armature, fixée par le dos à une solide tige métallique verticale, dont la base, épanouie en rondelle, était assujettie au moyen de vis à une tablette de bois posée sur la plate-forme pivotante, l'artiste lui donna aisément, grâce à la souplesse du fil de fer, l'attitude exacte du Gilles que son grattoir venait de créer.

Puis sa main, plongeant dans la boîte, en sortit un épais bâton de certaine cire noire mouchetée de minuscules grains blancs, qui, faisant penser à une nuit étoilée, justifiait le nom tracé sur le carton.

Avec cette cire nocturne il enveloppa successivement la tête, le tronc et les membres de l'armature et remit ensuite dans la boîte toute la portion restante du bâton.

A l'œuvre ainsi préparée il commença de donner, au moyen de ses doigts seuls, une forme assez précise et continua son travail avec un ébauchoir, qui, choisi dans sa provision nombreuse, était fait évidemment, vu sa teinte blanchâtre, son grain spécial, son aspect de sécheresse et de dureté, en mie de pain pétrie puis rassise.

A mesure que l'ouvrage avançait, nous reconnaissions sans cesse mieux, en la figurine, le Gilles de tout à l'heure, dont elle était la servile copie sculpturale, comme en témoignaient, au reste, de continuels coups d'œil interrogateurs jetés par l'artiste sur la feuille à fond noir.

Les ébauchoirs, de formes variées et très particulières, servaient tous à tour de rôle, constitués, sans exception, uniquement de mie dure.

La cire qu'ôtait l'artiste en modelant s'accumulait entre les doigts de sa main gauche en une boule exiguë, à laquelle il puisait parfois pour divers rajoutages.

Parallèlement à sa besogne de statuaire, l'actif créateur en accomplissait une autre, qui, pure superfétation en soi, semblait lui être, par l'effet de quelque impérieuse routine, d'un indispensable secours; sur la surface de la statuette il cueillait puis alignait, avec chaque ébauchoir, tels grains blancs de la cire nocturne, pour en former des traits reproduisant strictement ceux à l'encre du modèle qui le guidait; même quand vint le tour du visage rieur il s'acquitta de cette tâche singulière, là plus délicate que partout ailleurs.

Parfois il faisait pivoter plus ou moins la plate-forme de la selle, afin de s'attaquer à un autre côté de l'œuvre, déplaçant alors la feuille indicatrice pour avoir toujours bien devant son regard les deux images qui lui servaient tour à tour—et repoussant la boîte de cire en cas de gêne.

Le Gilles avançait vite, acquérant une finesse incomparable. Ici, l'artiste cachait sous la cire des grains blancs de rebut faisant tache; là, au contraire, insuffisamment fourni par la surface, il creusait légèrement pour s'en procurer.