Atteint d'un coup de poignard à la jambe gauche dès son premier essai de résistance, Gérard fut capturé ainsi que Florent, alors âgé de deux ans.
Grocco avertit aussitôt Clotilde, laissée libre, qu'elle ne pouvait sauver les deux captifs de la mort qu'en lui apportant, avant une date qu'il fixa pour leur exécution capitale, une somme de cinquante mille francs. Puis il prit dans sa ceinture une écritoire munie de feuilles timbrées et força le poète, auquel pas un mot de la sentence n'avait échappé, d'établir en faveur de Clotilde une procuration apte à faciliter tous déplacements de fonds.
Conduits avec leurs bagages sur le sommet d'un mont abrupt, Gérard et Florent furent écroués dans une ancienne chapelle faisant partie d'une vieille forteresse abandonnée où Grocco campait tant bien que mal.
Le poète, à la réflexion, n'entrevit aucune chance de salut. Grocco, le prenant à grand tort pour un oisif riche en train de voyager par goût, avait fixé bien trop haut le prix de la rançon, dont le cinquième à peine se trouvait susceptible d'être réalisé par Clotilde. Et, quand l'argent n'arrivait pas, jamais le fameux bandit ne retardait d'un seul instant l'heure d'une exécution.
Pourtant, après de longues méditations, Gérard découvrit un moyen hasardeux de sauver au moins la vie de Florent. Par la promesse de quelques milliers de francs, que Clotilde, il le savait, était à même de réunir sans peine, le poète gagna son geôlier, un certain Piancastelli, qui, passant pour le plus astucieux de la bande, résolut de tenter un coup hardi avec la seule aide de sa concubine Marta.
Plusieurs bandits avaient ainsi au camp une amante qui, étrangère à toute discipline, allait à son gré aux villes proches pour y effectuer divers achats. Marta, libre comme ses compagnes, enlèverait secrètement Florent pour le rendre à Clotilde en échange de la somme convenue, qu'elle rapporterait à Piancastelli. Dès lors, les deux complices, pour éviter toutes représailles, quitteraient promptement le repaire de Grocco.
Le poète renonçait à sa propre évasion pour assurer celle de son fils. Fréquemment Grocco passait devant la chapelle, située au niveau du sol, et, par la fenêtre, apercevait Gérard, dont le départ eût à l'instant provoqué une poursuite acharnée. Au contraire, en demeurant à son poste, le père ne pouvait manquer de protéger la fuite de l'enfant, fuite chanceuse que la nature du pays promettait de rendre longue et difficile.
Craignant de voir ceux qu'il faisait prisonniers établir, en vue de lui échapper, des communications avec le dehors, Grocco, toujours, leur interdisait formellement la possession de plumes ou de crayons.
Piancastelli, bravant pour quelques moments ce décret, mit le reclus en mesure de prescrire par lettre à Clotilde la remise d'une somme déterminée à l'inconnue qui lui rendrait Florent.
Le lendemain, avant l'aube, Marta, munie de la lettre, partit avec l'enfant dissimulé sous son manteau.