—Ah! tu crois qu'une telle considération m'arrêterait?

Et se tournant vers un page qui portait ses armes:

—Hé, jeune homme! lui cria-t-il, donne-moi mon arc et mes flèches!

Quand le page eut obéi à cet ordre, le chef syrien prit une flèche, la posa au milieu de l'arc, et la dirigeant vers la colombe, il se mit à dire:

—Colombe, Yézîd, fils de Moâwia, est-il adonné au vin? Dis que oui, si tu l'oses, et dans ce cas, par Dieu! je te percerai de cette flèche.... Colombe, prétends-tu dépouiller de la dignité de calife, Yézîd, fils de Moâwia, le séparer du peuple de Mahomet, et comptes-tu sur l'impunité parce que tu te trouves sur un territoire inviolable? Dis que telle est ta pensée, et je vais te percer de ce trait.

—Tu vois bien que l'oiseau ne peut te répondre, dit Abdallâh d'un air de pitié, mais en tâchant en vain de dissimuler son trouble.

—L'oiseau ne peut me répondre, c'est vrai, mais toi, tu le peux, fils de Zobair!... Ecoute bien ceci: je jure que tu prêteras serment à Yézîd de gré ou de force, ou que tu verras la bannière des Acharites[87] flotter dans cette vallée, et alors je ne respecterai guère les priviléges que tu réclames pour ce lieu!

Le fils de Zobair pâlit à cette menace. Il avait peine à croire à tant d'impiété, même dans un Syrien, et il se hasarda à demander d'une voix timide et tremblante:

—Osera-t-on donc réellement commettre le sacrilége de verser le sang sur ce territoire sacré?

—On l'osera, répondit le chef syrien avec un calme parfait; et que la responsabilité en retombe sur celui qui a choisi ce lieu pour y conspirer contre le chef de l'Etat et de la religion[88].