« Monsieur, je ne sens aucune odeur, mais ne m'avez-vous pas dit rose, héliotrope et jasmin? Une belle couronne discrète et parfumée. Nous mettrons des roses-thé, et, comme feuillage, de la pervenche?
« Madame, voici la seule fleur qu'il me faut, cette petite larme, ce petit cœur jaune, mais je vous la paierai, s'il vous plaît, le prix des plus belles couronnes funéraires.
« Monsieur, je vous le donne, ce petit cœur jaune, je vous le donne de tout mon cœur.
« Madame, je vous remercie de tout mon cœur. »
Sur le seuil de la maison des fleurs, et déjà hors de la porte, je me retournai et je dis :
« Madame, j'ai eu bien du malheur de passer un tel jour devant la maison des fleurs, un jour où il y avait chez vous de telles odeurs de rancœur que j'en eus mal au cœur. C'est une bien mauvaise fleur, Madame, que celle que vous m'avez donnée, petit cœur de larmes, d'amour et de mort. Elle m'a dit des choses qu'elle n'aurait pas dû me dire, Madame, cette fleur que j'emporte pour la tuer. Je lui percerai le cœur, Madame, parce que je n'aime pas les souvenirs d'amour, ni les babioles sentimentales, ni les fleurs qu'on trouve dans des vieux livres à images ni celles que le vent cache dans les vrilles des chèvrefeuilles. J'ai des raisons pour cela, Madame, des raisons très justes que je ne vous dirai pas et que je vous prie de ne pas deviner. A l'avenir, surveillez vos chèvrefeuilles, et que je ne sente plus, en passant devant la maison des fleurs, cette insupportable odeur d'amour. »
Mais, par prudence, j'évite la maison des fleurs, la maison où les fleurs ironiques d'amour, de jeunesse et de mort se pavanent et se pâment.
ITER AD LUXURIAM
Grain de raisin choisi à la vigne de la femme, tu vas vivre et tu seras un homme. Né de la luxure, tu aimeras la luxure, et, au jour de ta mort, tu pleureras d'entrer dans le royaume où elle n'entre pas, mais tu laisseras un fils qui répétera tes actes, miroir ressuscité où l'image que tu fus pâlira du même désir éternel.
D'abord, tu auras chaud dans les eaux maternelles, et le sang de ta mère te gonflera d'amour : comme tu es bien en cet habitacle aveugle qui te fait participer à une vie charmante! Ta mère est jolie. Tant qu'elle te méconnaîtra, tu seras bercé dans l'orage des valses et des chevauchées ; les jeunes filles presseront ingénues, contre toi, leur ventre pur, et le plaisir d'un homme, quand les nuits seront à moitié, viendra jusqu'au seuil de ta grotte choquer ton obscur sommeil de larve.