— Mon enfant, vous ferez bientôt, je l'espère, connaissance avec votre créateur. Vous savez combien il vous aime, et vous l'aimez aussi. Les cœurs purs aiment toujours le bon Dieu. Mais le véritable amour exige plus d'intimité et plus d'abandon. Jésus viendra vers vous et vous vous livrerez à lui avec confiance. Vous sentirez les saints embrassements de votre créateur. En un mot, ma chère petite, nous allons vous préparer à votre première communion.
— Et moi? demanda le petit garçon.
— Ecoutez, dit le prêtre, et faites votre profit de mes paroles. Vous savez, continua-t-il, en revenant à la petite fille, toute l'importance d'un pareil acte. Le catéchisme vous a instruite de la grandeur de ce sacrement. Quel mystère que l'union du créateur et de la créature! Cette union s'opère par la communion eucharistique et elle apporte aux êtres qui savent s'y préparer et s'en rendre dignes les joies ineffables de l'amour divin…
Il parla longtemps, et la froideur de son verbe contrastait avec l'exaltation des sentiments qu'il exprimait. A chaque instant, il déployait un grand mouchoir rouge très sale, il ouvrait sa tabatière, prisait, crachait, éternuait. La petite fille ne comprenait rien aux grandes paroles d'amour débitées par ce vieillard machinal ; cependant, il parlait d'amour et ce mot, même dans une telle bouche, la charmait et la faisait un peu tressaillir.
Son confesseur ne lui avait encore fait aucune question sur le sixième commandement, mais, à l'approche du grand jour, il se départit de sa réserve ou de son indifférence. Ses questions très précises, et d'ailleurs conformes aux manuels de dévotion, intéressèrent beaucoup la petite fille. A la réflexion, elle fut navrée. Ainsi tout cela, c'était des péchés. Ces jeux, ces baisers, ces frôlements, ces caresses, des péchés! Le prêtre ne lui apprit rien, d'ailleurs, sinon qu'elle avait, sans le savoir, cessé d'être innocente.
Une après-midi, elle refusa le baiser de son ami et, sans autres explications, alla s'agenouiller dans un coin de la chambre. Ensuite, elle prit un livre et lut : « Soyons fidèles à enlever tous les obstacles qui pourraient s'opposer à la venue de Jésus en nous. Préparons-lui un sanctuaire pur, orné, embrasé d'amour ; et quand il sera venu, nous pourrons dire, dans la ferveur de notre joie : Mon bien-aimé est à moi, il a reposé sur mon cœur… »
Elle avait prononcé ces derniers mots à haute voix. Le petit garçon les entendit et demanda, tout en larmes :
— Ce n'est donc plus moi que tu aimes?
— Tu ne peux pas comprendre ces choses-là. Je t'aime comme mon frère et comme mon petit ami ; j'ai beaucoup d'affection pour toi, mais mon amour appartient à Jésus.
— A Jésus!