— Là! Vous ne pouvez donc jamais être raisonnable? Tout est arrangé, au contraire.
— Ah! Merci!
— Ecoutez-moi. Je l'ai confessé. Cela a été difficile, cela a été long. Enfin, je sais la vérité. C'est une amourette. La personne qui a fait tourner la tête à votre mari est une petite actrice sans conséquence. On les prend, on les laisse, on les reprend. Celle-là a déjà passé par bien des mains, et entre autres par celles de mon mari… Vous voyez, nous sommes en famille… Or voici. Une actrice n'est presque jamais libre dans la journée. Sa liberté commence à l'heure où finit celle des autres femmes, à minuit. J'ai donc décidé que votre mari prendrait son service à mon palais tous les jours de minuit à quatre heures du matin… Naturellement, il aura des compensations, car cela est pénible… Son avenir est assuré et son bonheur… Il est ambitieux? Oui. Très bien. Un titre lui plairait? Une décoration? D'abord je l'attache à ma personne. Dès qu'il aura un grade possible, dans six mois, dans trois mois, il sera mon aide de camp, mon secrétaire. Il ne me quittera que pour aller vous faire la cour, heureuse épouse. Nous le surveillerons à nous deux…
— Que vous êtes bonne!
— N'est-ce pas?
— Vous êtes la bonté même.
— Vous êtes belle, vous, et cela vaut mieux.
— Belle! Qui est plus belle que vous?
— Flatteuse! J'ai trente ans et vous en avez vingt-cinq… Hélas! J'ai renoncé à tout. Vous m'aimerez au moins?
— Je vous ai toujours aimée. Je vous adorerai. Ma vie vous appartient. Je vous serai dévouée jusqu'à la mort, et mon mari aussi, je l'espère bien.