— Mais, il est charmant, cet enfant! dit la vieille fille.

Depuis ce premier jour, elle ne manqua jamais de se trouver chez elle les jours de sortie. On causait, on se promenait, on jouait près du feu. Elle le tutoyait, elle l'embrassait, elle tapotait ses vêtements, elle faisait la mère, elle l'aimait.

Cependant, l'enfant eut treize ans, puis vinrent les vacances ; elle les laissa passer, s'en alla elle-même en voyage. Mais la fin de septembre eut la force d'un anniversaire : elle voulut aller elle-même chercher celui qu'elle appelait son protégé. En attendant la rentrée, il passa chez elle trois jours. Elle fut si prévenante, presque si tendre que Rosalie eut de la jalousie.

Les jours de sortie revinrent, tous pareils, tous heureux. C'étaient des heures d'intimité, des heures familiales, mais avec je ne sais quoi d'inquiet, de très doux, d'une douceur aiguë et lassante. Les jours passèrent, et l'enfant eut quatorze ans.

L'absence de Rosalie, une après-midi qu'elle était allée à la ferme, les troubla, comme trouble un animal l'ouverture subite de sa cage. D'un commun accord, ils rentrèrent. Il faisait orage et très chaud.

— Allons, dit-elle, dans ma chambre, c'est la seule pièce fraîche.

Et tout cela était innocent et invincible.

Dans la chambre, ils s'approchèrent d'une table où il y avait des albums, ils les regardèrent ensemble, mais sans rien voir. Leurs voix, quand ils parlaient, leur semblaient changées. Leurs genoux se touchèrent, puis leurs mains, puis leurs lèvres, et le reste advint aussi, quoique difficilement.

Le saisissement de la chaste vieille fille fut émouvant. Elle pleura. Puis elle se mit à genoux et vénéra, comme un signe sacré, le corps adorable de son petit ami. Le dieu qu'elle avait distraitement cherché, au long de ses pieuses journées, se faisait enfin visible ; et le bonheur que lui présageaient les prêtres, elle l'avait enfin senti qui gonflait son cœur.

Le jeune garçon était beaucoup moins troublé, car à cet âge le plaisir est sans rayonnement. Il eut des curiosités anatomiques. Il fit le tour de la femme qu'il avait conquise, pareil à l'adolescent qui palpe en tous sens sa première perdrix, et qui lui rebrousse toutes les plumes.