» Ces changements sont nécessaires pour leur propre gloire et pour la joie des hommes ; quand les dieux sont trop vieux ils n’inspirent plus ni la terreur, ni l’amour ; ils deviennent indifférents aux âmes familières et aux cœurs distraits ; les hommes, ces éternels prisonniers, n’ont plus confiance en l’échelle de grâce, ils ont peur qu’elle ne rompe sous leurs pieds, ils n’osent plus monter au ciel : alors, retombés dans la tristesse de leur nature, ils rampent, comme aux premiers jours du monde, dans le marécage obscur de l’animalité.
» Il faut des échelles nouvelles ; c’est pourquoi des arbres ont été abattus dans la forêt de l’infini.
» Dors, Héliodore. Quand tu te réveilleras, toi qui m’aimas telle que je fus, tu m’aimeras telle que je serai, et, par l’échelle nouvelle, tu monteras si haut que tu en auras le vertige. »
Diane se tut et Héliodore crut voir, s’en allant vers le temple, une femme vêtue d’une blanche robe traînante, toute semée d’étoiles bleues ; autour de sa tête, il y avait une lueur de soleil et, de ses mains étendues, des rayons très doux tombaient vers la terre. Elle entra dans le temple.
Héliodore dormit encore ; quand il se réveilla, il vit que le temple avait été restauré selon un art nouveau : partout, sur la blancheur des murs, on avait peint des figures inconnues, des nimbes, des agneaux et des lettres grecques appelées thau.
Il se leva et entra dans le sanctuaire, dont il se croyait toujours le gardien et le prêtre, mais, ivre sans doute d’un si long sommeil, il ne reconnaissait ni les trésors, vases, lampes, encensoirs, pourtant remis à leur place tels qu’avant le pillage, ni la physionomie des fidèles, ni l’effigie sacrée qui se dressait toujours sous le même dais de soie et de perles, — et il restait debout, tout surpris, lorsque la voix de son rêve sonna encore en son cœur :
« Héliodore, reconnais-moi, et aime-moi comme tu aimas Diane. Je suis la toujours Vierge ; approche-toi : si tu me dis quelques paroles d’amour, tu comprendras, car c’est l’amour qui fait tout comprendre. Viens, Héliodore, et mets le pied au premier échelon de l’échelle. »
Les fidèles chantaient :
Ave, semper virgo,