JUSTIFICATION DU TIRAGE

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PROLOGUE

D’UN PAYS LOINTAIN

— D’où viens-tu?

— D’un pays lointain. Je suis né dans une maison noire surgie du milieu d’une plaine grise, autour de laquelle un cercle de lumière étincelait, pareil aux gloires où s’écrivent les traits sévères d’une vierge de vitrail ; mais ce halo d’espérance et de bénédiction ne ceignait que du néant, du gris et du noir. Mon père et ma mère, comme tous les habitants de ce pays lointain, étaient aveugles ; seuls, quelques enfants voyaient : si l’on s’en apercevait, on leur crevait les yeux, — pour les rendre conformes. J’avais un frère, on lui creva les yeux ; j’avais une sœur, on lui creva les yeux.

Pendant l’opération, pratiquée par un excellent prêtre, aimé de tous et surtout du Seigneur, ma mère disait : « C’est un petit moment à passer, mes chéris ; j’ai subi cela aussi, moi, à votre âge, et je n’en suis pas morte. Allons, un peu de courage! » Elle promettait des confitures, du sucre et des gâteaux à la fleur d’oranger.

Mon père, qui était né aveugle, parla plus longuement. Il dit, avec une rude tendresse : « Petits sauvages, vous n’avez donc aucun sentiment des convenances? Ces gamins veulent se distinguer! Ces gamins ne veulent pas faire comme tout le monde! Alors, vous consentez à être ridicules, c’est-à-dire à éprouver des sensations — et, de là, des sentiments ou des idées — inconnues et, par conséquent, méprisées des autres hommes? Réfléchissez bien. Si vous gardez vos yeux, cette source incongrue — à ce que l’on dit, — de pensées vaines et de dangereux désirs, on vous poussera du coude avec dédain, on vous marchera sur les pieds, on vous donnera des coups de genou, par mégarde, on s’ameutera contre vous, on vous tirera les cheveux et on dansera la sarabande autour de la bête curieuse. Ah! vous vous préparez une jolie existence!…