— Ecrasez-moi! dit Phénice.

— Soyez à moi!

— Vous parlez comme tous les autres, répondit Phénice avec tristesse. Vous aussi, vous faites des ricochets sur la surface du lac paisible.

— Phénice, c’est que je ne veux pas vous faire de mal, car, pour vous dompter, je pourrais, s’il me plaisait, déraciner une montagne, et, avec des bras de géant, la lancer sur vous, tombée comme du ciel. Cette montagne, Phénice, c’est mon amour qui vous menace… Cédez, ou je vous tue!

— Enfant, dit Phénice, tu as plus de cœur que je ne croyais. Serais-tu vraiment capable de me tuer? J’ai eu presque peur — délicieusement! Soit, que l’épreuve finisse : je suis à toi.

Phénice se leva et, écartant l’avidité des mains conquérantes, elle se déshabilla elle-même, lentement, avec un calme singulièrement ironique et impudique. Elle agissait comme seule, les doigts sûrs, les yeux froids et vagues, indifférente aux regards et aux prières de son amant à genoux.

— Tu vois, dit-elle enfin, apparaissant nue (et bien vraiment pareille à toutes les autres femmes), tu vois, je te l’avais bien dit : cela ne valait pas la peine — la peine que j’ai eue de me dévêtir, la peine que tu auras de m’aimer. J’ai des épaules, des bras, des seins, des genoux ; cela fait un corps qui ne diffère des autres que par l’imperceptible. Quel plaisir as-tu à regarder celui-ci plutôt qu’un autre, et quel plaisir auras-tu à le toucher quand je te le permettrai? Je ne suis ni plus ni moins qu’une femme, je suis médiocre, je suis un être moyen et ordinaire, — et voilà pourquoi je ne me suis jamais laissé voir que par devoir et à des yeux incapables de me juger. Eh bien? Je lis en ton regard que tu ne m’aimes plus : tes bras n’ont plus ni la force, ni le désir de m’étreindre…

— Phénice, femme absurde, tu as la folie du mépris, mais, moi, puisque je t’aime, je te trouve belle. Tu es belle entre toutes les femmes, Phénice ; tu es la seule beauté que je désire ; tu es la femme…

— … Mon pauvre amant, dit Phénice, en reprenant la conversation interrompue, je suis « la femme » ; en effet, puisque je suis « une femme » ; et voilà le « je ne sais quoi », et voilà pourquoi j’ai tant de prétendants à mes lèvres. Apprends encore ceci : ce que je méprise en moi, c’est l’animalité du mâle qui m’a faite ce que je suis, — un animal.

FLORIBERTE