Ensuite, seule à seule avec le rameur, elle se prit à délirer d’amour et à murmurer, comme en extase, les odes les plus passionnées et les sonnets les plus langoureux.

Elle débarqua sans toucher terre que de ses reins, car il la prit dans ses bras et la coucha sous la futaie, parmi les primevères endormies dans l’ombre et dans la paix de la forêt silencieuse.

Sans rien dire, et comme étonnée seulement, elle accueillit les premiers gestes et les premiers baisers, puis, sûre d’être vaincue, elle simula une furieuse révolte, mais qui se détendit peu à peu jusqu’à l’attendrissement et jusqu’au don libre et absolu ; cependant, elle murmurait, d’une voix de victime :

— Quel sacrifice je vous fais, mon ami!

Ils revinrent vers la barque et elle éprouva une grande joie secrète d’un si beau mensonge, car, ayant fait le tour de la pièce d’eau, celui qu’elle aimait s’avançait en côtoyant le bord du lac qu’il n’avait pas franchi.

Elle alla vers lui, disant :

— Que j’ai eu peur, rien que d’avoir touché à la lisière du bois, rien que d’avoir mis le pied sur la barre d’ombre qui sépare la forêt du reste du monde. Ramenez-moi dans le jardin, vous, dans le jardin, dans le jardin! Lui, il fera le tour, — à son tour.

— Mais on peut fort bien être trois dans la barque, dit celui-ci qui revenait de la forêt.

— Trois dans la barque? reprit-elle, pourquoi pas? Allons, nous serons trois dans la barque.

Quelques semaines plus tard, elle épousa celui que, dès la première heure, elle avait choisi pour ce rôle, et, drapée dans la nuit de son mensonge, elle entra dans le mariage comme on inaugure un adultère, en murmurant d’une touchante voix de victime :