Écrit ainsi, le mot est un peu moins mauvais ; il rentre dans la logique de la vieille langue, au moins pour sa première syllabe :

ConstareCoûter
ConsuetudinemCoutume
ConventumCouvent

Dinde. Nacre.

Il est convenu que le premier est exclusivement féminin. Mais comme dinde est l’abrégé de coq d’Inde aussi bien que de poule d’Inde, la décision des grammairiens est un peu hardie. Il est vrai qu’il y a dindon, mais seulement dans les basses-cours. Dinde est un exemple, peut-être unique, de la préposition de s’agglutinant avec un substantif pour former un autre substantif[123].

[123] Du moins dans la période moderne de la langue.

Le peuple dit du nacre ; ce mot, qui semble venir du persan nakar, est entré en français par l’intermédiaire de l’espagnol, où il est masculin, nacar.

e devenant i.

Une des tendances de l’e long latin est de se transformer en i. Déjà, aux temps mérovingiens, on écrivait ecclisia, mercidem, possedire, permanire ; au passage du latin en français, ce fait se retrouve constamment : cire (cera), fleurir (florere), raisin (racemus). Il se perpétue et le peuple dit : fainiant, moriginer, pipie, recipissé, resida, sibile, batiau, siau. Ce dernier mot n’est pas plus étonnant que fabliau, jadis fableau.

Pomme d’orange. Jardin des Olives.

Les fruits dont les arbres sont inconnus portent le même nom que cet arbre. Dans le nord de la France, il n’y avait jadis qu’un mot pour dire orange et oranger, olive et olivier, et ce mot était celui qui est demeuré pour désigner le fruit. Pomme d’orange, fleur d’orange, plantation de café, jardin des Olives : toutes ces expressions sont fort logiques. Nous disons de même, et sans être blâmés par les grammairiens : noix de coco, noix de kola, fleur de cassis, clou de girofle, etc. Mais il est plus facile de blâmer que d’expliquer et de comprendre.