PHÉBOR
Laisse-moi m'amuser encore un peu!
PHÉNA
Non, tu as joué assez avec ce néant. Tu n'entreras pas plus avant dans l'obscurité de l'avenir et tu n'iras pas semer dans le champ de demain des herbes qui fleuriraient peut-être. Demain ne te fait donc pas horreur que tu en peux supporter l'image et aimer le symbole? Tu veux donc qu'après t'avoir arraché la langue on boive dans ton verre? Tu veux léguer tes joies, en les pleurant? Donne-les, maintenant, en les méprisant. Jette l'agnelle àpeine dépucelée au naïf baiser d'un jeune loup et qu'il crève en la dévorant,—mais n'attends pas que, riche de ta vie, elle se couche sur ta tombe pour y ouvrir au railleur funèbre la somptuosité de son sexe. Tu ne hais donc plus ceux qui te survivront?
PHÉBOR
Je les hais. Je veux que tout finisse avec moi,—mais pas encore!
PHÉNA
Non, pas encore. Pas encore! Tu consens donc àmourir,—comme si je n'avais pas le secret de la vie?
PHÉBOR
Nul n'a le secret de la vie.