Il faut couper la branche. J'en ai sucé le miel nouveau. Il était doux, il était fort: il était trop fort pour moi. Les sucs jeunes ne valent rien: je couperai la branche.

(Rentre Phénissa. Doucement, après avoir baisé Phébor, elle s'assied, les mains croisées sur ses genoux, le regard vague.)

PHÉBOR

Oh! ces yeux qui regardent on ne sait où, ces yeux qui semblent voir plus loin que les choses! Phénissa, que regardes-tu?

PHÉNISSA

Rien.

PHÉBOR

Où regardes-tu?

PHÉNISSA

Loin, loin, loin! Vers des années, vers des siècles où toutes les créatures seraient heureuses comme je suis heureuse, où les femmes ne connaîtraient que les sourires et les hommes que les caresses, où les fils des pauvres d'aujourd'hui marcheraient dans la vie tels que des seigneurs,—et où le fouet aurait changé de mains...