Aspirer d'une seule prise d'haleine le dernier souffle de l'Amour, le dernier parfum de la Vie et toute sa fécondité, maîtriser la dernière volonté de l'âme et sa dernière volupté!
Ces crises de déraison le prostraient; puis il riait de sa fantaisie pour ne pas avoir peur de sa folie: le dévergondage s'apaisait alors en d'innocents rêves; il jugeait son amie décidément adorable, la seule, celle qui vaut toutes les autres, et il la louait de confirmer si absolument, par un sourire indécis, le néant mystérieux et délicieux de ses paroles:
«Ta magnifique inintelligence, lui disait-il, te rapproche de l'Infini; tu fraternises avec l'Absolu, et le rien qui se meurt dans tes yeux, pareil à la lumière d'une étoile abolie, me prouve qu'on peut à la fois être et ne pas être…
Et le Néant m'a fait une âme comme lui.
«… Mais comprends ce que cela signifie: qu'en n'étant rien, tu es tout,—et toutes.»
Volontiers, la pauvre amie l'eût jeté à la porte, mais elle le craignait, et il profitait de sa peur pour lui égrener le chapelet des fugitives.
C'était la forme seconde de sa folie.
Il disait:
«Ah! toutes celles qui sont en toi, je vais te les réciter. Je les ai vues, je les ai prises, je les ai mises en toi: ce sont les femmes de la rue, les femmes qui passent, les inconnues qui s'en vont, on ne sait où elles vont, qui s'en vont par des chemins inconnus. Elles sont en toi, mais tu n'en sais rien, et moi, le sais-je—puisque si je te touche elles se libèrent de toi et s'en retournent vers leurs mystères. Celles qui sont en toi vraiment n'y sont pas: c'est rêver qu'on rêve—et je n'ai dit cela, ma chère, que par politesse, pour soustraire tout prétexte à ta légitime jalousie.
«Franchement, tu es trop minuscule pour contenir tant de rêves et tant de désirs. Celles que j'aime sont innombrables; je vais te les réciter: