—«J'en ai pour la vie, cria-t-elle.

—«N'oublie pas, dit Aubert, qu'elle m'appartient, ta vie?

—«Et la tienne est à moi, mon cher cœur.»

Une vague insolite vint mourir à leurs pieds.

—«La mer le refuse, cria Sarah, la mer le refuse, moi, je le veux.»

D'un air de triomphe et secouant au vent sa crinière enflammée, elle se jeta vers l'épave, la tordit ruisselante, la mit sur son bras, disant ingénûment:

—«Ce sera le suaire du survivant.»

La robe de Sarah claquait au vent.

SUR LE SEUIL

Au château de la Fourche, tout était triste et grand: ce nom patibulaire d'abord, souvenir des primitives et dures justices seigneuriales; les quatre avenues sombres dont les lamentations faisaient un bruit d'océan; les douves où des cygnes noirs nageaient parmi les roseaux brisés, les menaçantes ciguës et tant de fleurs jaunes épanouies, mais comme des soleils de mort; le château, avec ses murs couleur de ciel d'orage, son toit creusé de sillons tel qu'un labour, ses étroites fenêtres ogivées et tréflées, sa tour découronnée, proie d'un formidable lierre qui semblait la perpétuité même de la vie.