—L'histoire d'une passion.

—Je ne comprends pas.

—Il s'agit d'une famille qui nous fut bienveillante. Le père m'aimait beaucoup; le fils…

—Le jeune lord Romsdale?

—Vous l'aviez donc oublié? Voici de quoi vous rafraîchir la mémoire.

—Ces lettres, en effet, auraient dû être brûlées, dit froidement Adelaïde.

—Il est encore temps, dit Patrice, mais qu'elles le soient de votre main… Tenez, voici la première, lisez et brûlez.

Oh! le premier amour, les jolis cheveux bouclés et les joues sainement roses du jeune Romsdale! Maîtrisant sa délicieuse émotion, Adelaïde prit la lettre du bout des doigts et la lut. Elle avait pâli, ses joues se recolorèrent. Oh! la joie, jadis, d'avoir reçu ce billet passionné!… Elle les relut toutes et les brûla toutes. Patrice les lui passait une à une. Quand tout fut fini:

—Adelaïde, votre sœur était une misérable…

—Non, interrompit Adelaïde, une jalouse, tout simplement. Elle se mit à aimer lord Romsdale, dès qu'elle s'aperçut qu'il m'aimait, et, quand vous m'avez aimée, elle se mit à vous aimer,—et à me haïr. Nul ne s'en aperçut jamais. Si elle n'est pas morte avec son secret, si son dernier acte a dit toute sa passion, amour, haine et jalousie, c'est que la mort exige la vérité… Oui, la mort exige la vérité et Sylvie a bien fait.