Elles sortirent de leur maison d'orphelines, Arabelle, la belle, et Bibiane, la vieille, les deux sœurs: Arabelle, belle de jeunesse, et Bibiane, vieille de laideur,—Arabelle, l'enfant, et Bibiane, la mère.

Elles sortirent de leur triste maison et s'arrêtèrent sous le magnolia, l'arbre magique que nul n'avait planté et qui fleurissait si somptueusement dans la cour de la maison triste. Il fleurissait deux fois par an, comme tous les magnolias: d'abord, au printemps, avant la poussée des lances vertes; puis, vers l'automne, avant la proche décoloration des lourdes feuilles:—et, au printemps, de même qu'à l'automne, c'étaient, en la noble girandole que formait l'arbre magique, des floraisons larges un peu comme des épanouissements sacrés de lotus, et la vie était signifiée dans la neige des corolles charnues par une goutte de sang.

Appuyée au bras maternel de la bonne Bibiane, clémente à tous les caprices, Arabelle se tenait sous le magnolia et songeait:

—Il va mourir avec les secondes fleurs du magnolia, celui qui devait aviver d'une goutte de sang la fleur que je suis. Oh! comme je vais rester pâle éternellement!

—Il y en a encore une, dit Bibiane.

C'était une fleur inaccomplie, un bouton qui dressait, parmi les feuilles complaisantes à sa grâce, l'ove intégral de la virginité.

—La dernière! dit Arabelle. Elle sera ma parure de noces. La dernière? Non. Regarde, Bibiane, il y en a une autre, toute fanée et presque morte! Nous deux! nous deux! Oh! j'ai peur et je tremble en nous voyant là, nous deux, si clairement symbolisées par ces fleurs! Je me cueille, Bibiane, me voilà cueillie, regarde! Si j'allais mourir aussi?

Muette, Bibiane enveloppa d'amour sa tremblante sœur, et, peureuse aussi, l'entraîna hors de la cour triste, loin du magnolia dépouillé de sa gloire dernière.


Elles entrèrent dans la maison des joies vaines et des deuils prématurés.