Comme elle tournait la tête, le masque de la bête s'avança et sa bouche large et presque obscène s'écrasa sur ses lèvres.

Elle avait fermé les yeux, mais trop tard; elle avait vu le monstre face à face, et non plus selon les complaisants reflets d'une glace identique à son rêve; elle l'avait vu, non plus façonné par le désir, mais déformé selon la réalité la plus étroite: il était si laid, avec sa face de bouc cruel, si laid et si bestial et ivre d'une volonté si précise et si basse,—qu'elle s'indigna et se redressa.

… Elle se vit nue dans la grande psyché, au fond de la chambre, toute nue et toute seule dans la chambre morne.

DANAETTE

Comme elle s'habillait après déjeuner, toilette spéciale et même mystérieuse, la neige se mit à tomber.

Sous les rideaux d'apparence de vitrail, relevés et épinglés pour un peu de lumière, elle la voyait tomber, la belle neige, tomber, tomber toujours,—et c'était solennel et triste; cela donnait l'idée d'on ne sait quelle puissance occulte et ironique, d'on ne sait quelle âme divine, terrible et froide qui aurait épandu d'en haut la cristallisation légère de son dédain pour la niaiserie humaine qui analyse tout et ne comprend rien.

—Il y a une grande bataille dans le ciel, lui dit sa vieille Bretonne de femme de chambre. Les anges s'arrachent les plumes des ailes,—et voilà pourquoi il neige. Madame le sait bien.

C'était péremptoire. Madame n'émit aucune contradiction. Tous les ans, d'ailleurs, et souvent plusieurs fois par hiver, la Bretonne articulait cette même confidence, terminée par un «Madame le sait bien» irréfutable et presque menaçant. Sur toutes choses, la vieille servante avait ainsi toutes prêtes, brèves et nettes, des explications charmantes et d'une manifeste évidence.

Madame ne répondit donc rien, mais, dès que sa coiffure fut achevée, elle congédia la Bretonne.

Elle voulait être seule—avec la Neige.