Dans le symbolisme[54], saint Georges et son dragon figurent Hercule et l'Hydre; Apollon porte-lyre revit en sainte Cécile, en saint Genest; Bacchus, en S. Vincent; Vulcain, en S. Eloi; Mithra, en N.-D. des Sept Douleurs; Jupiter Ammon, dans le Moyse cornu. Comme Diane protégeait Éphèse; Minerve, Athènes; Vénus, Chypre; Sainte Éligie protège Anvers; S. Marc, Venise; S. Wenceslas, la Bohême. Même race, même psychologie, même religion; cela est invincible. Au temps de la ferveur républicaine, on offrit des bouquets à la Marianne de la place de la République; pour exister dans l'âme du peuple, elle avait dû se diviniser.
Note 54: [(retour) ]
Sur cette question M. Gaidoz, directeur de Mèlusine, est l'homme du monde le mieux documenté.
Beaucoup de sanctuaires romains sont d'anciens temples païens qui, dans leurs noms nouveaux, laissent lire leur généalogie[55]:
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Temples
Jupiter Feretrius La Bonne Déesse Apollon Capitolin Isis (au cirque de Flaminius) Minerve Vesta Romulus et Remus |
Eglises
In Ara Coeli. Ste-Marie Aventine. Ste-Marie du Capitole. Sancta Maria in Equirio. Ste-Marie sur la Minerve N.-D. du Soleil. S. Côme et S. Damien |
Note 55: [(retour) ]
Il y a des renseignements là-dessus, mais pas toujours très sûrs, dans la Lettre écrite de Rome, de Conyers Middleton Amsterdam, 1764.
Les chaires en marbre de certaines églises de Rome sont des baignoires qui viennent de Dioclétien; dans la cathédrale de Naples, les fonts baptismaux ne sont autre chose qu'une ancienne cuve de basalte ornée de très beaux bas-reliefs où se lit l'histoire de Bacchus[56]. Près de Monteleone, une Ariane mutilée, dressée près d'une fontaine, est vénérée sous le vocable de Santa Venere[57]; les femmes invoquent son secours en de «certaines circonstances» que le révérend n'ose préciser, mais qui doivent être à la fois la stérilité et les peines de coeur. Dans le voisinage il y a un havre appelé Porto Santa Venere. La plus ancienne église bâtie à Naples remplaça un temple dédié à Artemis; c'est la Madone qui assuma toute la dévotion antique; comme à Pausilippe, où elle succéda à Vénus Euplua, nom qui correspond exactement à N.-D. des Flots.
Note 56: [(retour) ]
Paganism in the Roman Church, by the Rev. Th. Trede, pastor of the evangelical church of Naples (The Open Court, June 1899). Ce révérend continue, mais avec une bonne humeur ironique et attristée, le travail des Conformités. On ne saurait trop encourager ces sortes de travaux; dirigés contre le romanisme populaire, ils en sont la plus utile et la plus belle apologie. Nous utilisons la charmante étude de M. Trede.
Note 57: [(retour) ]
Cf. Sainte Venise, et voyez page 142 du présent ouvrage.
Divinisé par Adrien pour qui il était mort, Antinous fut gratifié à Naples d'un temple devenu populaire; S. Jean-Baptiste, mort aussi pour son maître, a pris la place du favori de l'empereur. Ce seul exemple suffirait à prouver à quel point l'idée religieuse et l'idée morale sont des conceptions opposées; elles sont souvent contradictoires. Le temple d'Auguste à Terracine est devenu avec une délicieuse facilité l'église S. Césarée. A Marsala, l'auteur de l'Apocalypse, prédestiné à ce rôle, rend les oracles au fond de l'antre d'une ancienne sibylle, et vraiment ici la naïveté confine à l'épigramme. A Monte Gargano, c'est S. Michel
qui s'est substitué à Calchas dans le même office. Le Mont Cassin jadis fréquenté par Apollon Python sert maintenant de retraite à S. Martin, autre tueur de monstres. A Meta, une Vierge guérisseuse continue au peuple les soins qu'il recevait jadis de Minerva Medica. En général, comme l'a démontré M. Marignan[58], les pèlerinages aux tombeaux des saints sont la continuation directe des pratiques du culte d'Esculape; mais par la force du principe d'utilité, sans lequel aucune religion ne peut vivre, bien d'autres dieux qu'Esculape furent guérisseurs et, d'autre part, c'est la Vierge Marie qui, très fréquemment, a succédé à ces divinités bienveillantes: ainsi encore à Cos, où le peuple a retrouvé avec joie en une N.-D. du Perpétuel-Secours, la pitié des Asclépiades[59].