Paraissent estre là-dedans
Les songes de l’eau qui sommeille…[34]
[33] L’Étang. Cette pièce fait partie de la suite des cinq odes où Racine célébra Port-Royal-des-Champs : l’Étang, les Prairies, les Bois, les Troupeaux, les Jardins.
[34] Le Promenoir des deux Amans.
Je sais bien que je compare le meilleur de Tristan avec le pire de Racine ; mais Tristan tout de même avait son jardin, si Racine avait son domaine, et parfois il y fait bon. Déchirons donc le palmarès afin d’ignorer que Tristan L’Hermite est un poète « à la versification ridicule »[35], et que le plaisir que nous pouvons tirer de sa rencontre ne soit pas gâté par avance, et que nous osions, comme lui, dire à sa muse :
Fay moy boire aux creux de tes mains,
Si l’eau n’en dissout point la neige.
[35] Vapereau, Dictionnaire des Littératures.
C’est l’inconvénient des méthodes comparatives. Les critiques, ayant élu comme idéal le grand poète d’un siècle, n’estiment plus les autres que comme des précurseurs ou des disciples[36]. On juge les écrivains d’après ce qu’ils ne sont pas, et souvent faute d’avoir su comprendre leur génie particulier et souvent faute de les avoir interrogés eux-mêmes. Pratinas en vérité est mieux traité : il jouit du silence.
[36] Une excellente thèse de doctorat sur Tristan L’Hermite, par M. N.-M. Bernadin, porte précisément ce titre : Un Précurseur de Racine.