(En réfléchissant sur cette question, je songe que la littérature de M. Maeterlinck paraît emblématique, le plus souvent: La Mort de Tintagiles semble une vraie estampe de Luiken; pareillement dans l'effroyable, le fiévreux, l'occulte, le génie de M. Odilon Redon est emblématique.)

L'emblème pose tout d'abord l'abstraction; il se sert de paysages, de personnages, de matérialités, mais vues selon des attitudes volontairement significatives; tandis que le symbole présente la nature telle qu'elle est et nous laisse la liberté de l'interprétation, l'emblème affirme la vérité qu'il exprime; il l'affirme avant tout et ne se sert de figurations que comme d'un moyen purement mnémonique.

Tels emblèmes peints comme enluminures dans les missels de M. Max Elskamp sont d'une obscurité magnifique et qui fait rêver longuement. Je ne crois pas que, depuis la Nuit obscure de l'âme, la poésie emblématique se puisse vanter de plusieurs aussi belles images:

Mais les anges des toits des maisons de l'Aimée,
les anges en allés tout un grand jour loin d'Elle
reviennent par le ciel aux maisons de l'Aimée;

les anges-voyageurs, buissonniers d'un dimanche,
les anges-voyageurs se sont fait mal aux ailes,
les anges-voyageurs, buissonniers d'un dimanche;

les anges-voyageurs savent le colombier,
et se pressent, au soir, vers le coeur de l'Aimée,
les anges-voyageurs savent le colombier;

mais les plus petits anges se donnant la main,
les plus petits anges se trompent de chemin,
mais les plus petits anges sont encor très loin;

et les anges plus las, sur leurs bateaux à voiles.
.....................................................
Et les anges ont froid parmi les hirondelles,
.....................................................

et la bien-aimée attend, inquiète, les anges attardés. M. Elskamp est familier avec les anges; on dirait qu'il y en a toute une légion répandue autour de son rêve; il les interpelle, il leur fait des aveux et des prières; il les voit, il voit que les oiseaux leur mangent dans la main: poète, ces oiseaux, ce sont vos vers.

Le second livre des visions de Max Elskamp, en une légende «un peu plus dorée» salue la Vierge, mais la Vierge de Flandre, et il monte à la tour, à la «tour de sa race», qui est aussi la tour d'ivoire, si haut qu'il peut monter. De là, d'où les fanaux du fleuve sont des étoiles pareilles aux étoiles d'en haut, il salue