On va respirer enfin un air d'amour, tout s'apaise, tout se purifie, tout est printemps,
et, cloches de bonnes nouvelles,
lors, aux gens sur le pas des portes
dites qu'enfin Doctrine est morte
et qu'aujourd'hui c'est vie nouvelle.
Cette vie nouvelle bourdonne dans le coeur et dans la poésie de Max Elskamp, et dans le jardin bêché et semé de ses mains, dans le jardin fleuri par son désir. Si l'arrosoir du jardinier semble avoir été quelquefois rempli à cette rivière de grâce, Sagesse, c'est que la miraculeuse rivière a débordé de toutes parts et s'est infiltrée dans toutes les fontaines: le jardin de Max Elskamp est bien la création d'un jardinier original. Le sentiment religieux est moins large et moins profond dans la poésie d'Elskamp que dans celle de Verlaine; mais il est plus intime, plus pur, plus de sanctuaire, de lampe, de cierges, de cloches; ce n'est plus l'amour qui pleure d'avoir mal aimé; c'est tout au contraire l'amour qui s'exalte dans le sourire et le souvenir d'une pureté parfaite; c'est l'amour chaste; nulle trace d'une sensualité même mystique, que ceci:
Anges de velours, anges bons ...
Anges, la chair du soir m'envoûte ...
La reine de Saba me baise
sur les yeux; anges très chrétiens,
dans le noir des maisons mauvaises....
et c'est tout, avec, à l'autre page, une allusion douce et triste à la plus aimée, qui plonge, ainsi que des fleurs, ses mains aux sources de ses yeux: mais, tentation charnelle, amour sentimental, également loin dans un paysage de maisons ou d'arbres.
Max Elskamp chante comme chante un enfant ou un oiseau de paradis. Il se veut un enfant; il est l'oiseau des légendes qu'un, moine écouta pendant plus de cinq cents ans; et, de même qu'en la légende, lorsqu'on l'a écouté et qu'on revient à la vie, il y a du nouveau dans les gestes des hommes et dans les yeux des femmes; les choses signifient des pensées qu'on n'avait plus, et même ce buveur du dimanche,
au dimanche ivre d'eau-de-vie,
semble songer à une communion avec les puissances invisibles et belles. Qui sait,
car nous avons beaucoup voyagé, Théophile,
par les coeurs des hommes qui sont aussi des villes,
ce qu'il y a au fond des hommes muets et l'obscure chanson chantée en ces âmes qui sont tout de même des églises? Cette obscure chanson, M. Elskamp la devine et la transpose, sous la protection de Saint-Jean-des-Harmonies; il est tout musique, tout rythme; on dirait ses vers presque toujours modelés sur un air; parfois trop sévèrement, car poésie et musique c'est très différent, et il en résulte que le poète sacrifie la poésie à la musique, la langue au rythme, le mot à la mélodie. C'est un défaut assez fréquent dans les anciennes proses latines où le rythme et la rime riche empiètent sur le sens. Il ne faut pas chercher la beauté d'un vers en dehors de l'accord des mots et des significations; le vers a naturellement une tendance à trahir la pensée: l'obscurité, si elle n'est pas volontaire, est une défaillance.