avec les palombes aux yeux rouges et tout ronds
qui arrivent de loin dans le gris des nuages
et les grues qui grincent dans le froid et qui font,
comme des serrures rouillées, un bruit sauvage....

Voilà, tout déchiqueté, vu par bribes, le paysage où évoluèrent les émotions de ce poète dont la solitude a exaspéré et parfois troublé l'originalité. Soucieux d'abord de dire son impression du moment, il se répète volontiers, variant par de faible nuances les détails de la vie qu'il aime. Mais que de visions émues, que de jolies imaginations, et comme les mots viennent doucement écrire des pages dont la fraîcheur fait envie! Ainsi le tableau, de chaste volupté:

Tu serais nue sur la bruyère humide et rose....

et cet autre, d'un sentiment plus intime:

La maison serait pleine de roses et de guêpes....

et la complainte d'amour et de pitié qui commence ainsi:

J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
et bouge les oreilles;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d'orge.

et (malgré une strophe mauvaise) la discrète élégie que résument ces quatre vers d'une musique si tiède et si lasse:

Le soleil pur, le nom doux du petit village,
les belles oies qui sont blanches comme le sel,
se mêlent à mon amour d'autrefois, pareil
aux chemins obscurs et longs de Sainte Suzanne.