OU LE CROYANT

Hello représente la foi, en ce qu'elle doit avoir d'absolu, et la crédulité, en ce qu'elle peut avoir de plus transitoire.

La vie de l'homme est un acte de foi et un acte de confiance (ces deux mots sont presque des doublets); il faut que l'homme croie, sinon à la réalité, du moins à la véracité de sa vie et de la vie; il faut qu'il ait foi dans la floraison, aux heures où il plante son verger, et foi dans la fructification aux heures où il se promène sous les fleurs. Les fleurs qu'il désire et les fruits qu'il attend diffèrent selon la nature de son âme, mais il croit aux fleurs et aux fruits, et qu'il mangera les fruits, et qu'il s'endormira rassasié au pied de l'arbre de sa prédilection. Il a la foi, puisqu'il vit et puisque la faillite de tous les vieux automnes ne l'incline pas à se coucher avant tout travail, parmi la terrible stérilité de l'herbe.

Hello, par l'absolutisme de sa foi, est bien un représentant de l'humanité croyante, de l'humanité qui, ayant à peine semé, se penche déjà anxieuse vers les secrets du sillon; mais il y a une malédiction sur le sein de la terre; il est peut-être pourri depuis le meurtre d'Abel: la semence ne germe pas: et l'homme recommence à jeter des graines dans la glèbe pourrie; il y verse du sang, il y enfonce son coeur, il y enterre son âme, il descend tout entier dans cette tombe miraculeuse, et là, paisible sous le terrible manteau des herbes stériles, il attend, imputrescible germe, l'heure de la germination divine.

La foi est imputrescible, puisque l'humanité vit et puisque le silence des tombes ne l'a pas découragée de creuser de nouvelles tombes.

Hello est le croyant. Sa foi n'est pas l'espérance imprécise d'un hédoniste inconscient; elle est absolue dans son principe comme dans son but, et ce principe et ce but sont uns; parti de la vérité, il va vers la vérité. Il sait ce qu'il sème, il sait ce qu'il récoltera, et quand il se confie à la tombe, quel fruit d'illumination, quel fruit d'éternité.

S'il va vers la vérité, c'est par obéissance; pour aller vers la vérité, il est forcé de la prendre dans son coeur, de l'arracher, chair de sa chair, et de la jeter loin, devant lui, admirable proie, qu'il disputera, sûr de la victoire, aux chiens de l'erreur.

Il sait ce que c'est que la vérité; il sait donc ce que c'est que l'erreur.

Pour lui, le monde des idées se divise en deux hémisphères; l'un est continuellement éclairé par le rayonnement de l'infini; l'autre est continuellement enténébré par les vapeurs de l'orgueil. Il sait pourquoi l'orgueil engendre les ténèbres: l'orgueil est un écran entre l'intelligence humaine et l'intelligence divine; l'orgueil se contemple lui-même et se contemple seul, car il se croit seul. C'est là l'erreur absolue, comme la vérité absolue est de ne pas croire en soi, mais de croire en Dieu seul, qui est la vérité unique.

La croyance d'Hello est la croyance au Dieu providentiel. «Rien n'arrive sans son ordre ou sans sa permission.» Mais Dieu est logique; il y a un «plan divin»: Hello le connaît sommairement. Dieu veut ce que Hello croit. Dieu veut l'accomplissement de la vérité; Dieu veut s'accomplir lui-même et se réaliser partiellement en toute créature de bonne volonté. Les moyens de Dieu sont obscurs; ses desseins sont clairs. Ses actes sont parfois terribles, mais ceux-là seuls en souffrent parmi les hommes qui habitent l'hémisphère des ténèbres; ceux qui se sont rangés du côté de la lumière peuvent être passagèrement éblouis et navrés: un jour viendra où le souvenir même des agonies ne sera plus que la joie de comprendre la nécessité fugitive de la douleur humaine.