Dame d'enfer, ton sourire farouche,
Dame du diable, un baiser de ta bouche,
C'est le feu des mauvaises fontaines
Et je brûle si je te touche.

La belle dame passa, mais sans s'émouvoir de l'imprécation finale, qu'elle attribua sans doute à un excès d'amour; elle passa rendant au poète sourire pour sourire.

Cette idylle eut pour premier épilogue une admirable plainte,

Mon âme, il me semble que vous êtes un jardin....

un jardin où l'on voit, laissés aux charmilles, dans la brume du soir, des lambeaux du voile

De la Dame qui est passée.

Quelque temps après cette aventure, on apprit que M. Retté, revenu d'un voyage à l'Archipel en fleurs, s'était enrichi d'une nouvelle cueillaison de rêves. Il s'enrichira encore. Son talent est une greffe vivace entée sur un sauvageon fier et de belle viridité. Poète, M. Adolphe Retté n'a pas que le sens du rythme et l'amour du mot; il aime les idées et les aime neuves et même excessives; il veut se libérer de tous les vieux préjugés et il voudrait pareillement libérer ses frères en esclavage social. Ses derniers livres la Forêt bruissante et Similitudes affirment cette tendance. L'un est un poème lyrique; l'autre, un poème dramatique en prose, très simple, très curieux et très extraordinaire par le mélange qu'on y voit des rêves doux d'un poète tendre et des imaginations un peu rigides et un peu naïves de l'utopie anarchiste. Mais sans naïveté, c'est-à-dire sans fraîcheur d'âme, y aurait-il des poètes?


VILLIERS DE L'ISLE-ADAM