«Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu'à la chute en poussière.

«Ils se flattent de leurs longues branches pour s'assurer qu'ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère, si le vent s'essouffle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d'accord.

«Je sens qu'ils doivent être ma vraie famille. J'oublierai vite l'autre. Ces arbres m'adopteront peu à peu, et pour le mériter, j'apprends ce qu'il faut savoir:

«Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

«Je sais aussi rester en place.

«Et je sais presque me taire.»

Quand les anthologies accueilleront cette page, elles n'en auront guère d'une ironie aussi fine et d'une poésie aussi vraie.


LOUIS DUMUR