Tout le poème a de l'allure; tous les poèmes de Rimbaud ont de l'allure et il y a dans les Illuminations de merveilleuses danses du ventre.
Il est fâcheux que sa vie, si mal connue, n'ait pas été toute la vraie vita abscondita; ce qu'on en sait dégoûte de ce qu'on pourrait en apprendre. Rimbaud était de ces femmes dont on n'est pas surpris d'entendre dire qu'elles sont entrées en religion dans une maison publique; mais ce qui révolte encore davantage c'est qu'il semble avoir été une maîtresse jalouse et passionnée: ici l'aberration devient crapuleuse, étant sentimentale. L'homme qui a parlé le plus librement de l'amour, Senancour, dit de ces liaisons inharmoniques, où la femelle tombe si bas qu'elle n'a de nom qu'en l'argot le plus boueux: «Que dans une situation très particulière le besoin occasionne une minute d'égarement, on le pardonnera peut-être à des hommes tout à fait vulgaires, ou du moins on en écartera le souvenir; mais comment comprendre que ce soit une habitude, un attachement? La faute aurait pu être accidentelle; mais ce qui se joint à cet acte de brutalité, ce qui n'est pas inopiné, devient ignoble. Si même un emportement capable de troubler la tête, et d'ôter presque la liberté, a laissé souvent une tache ineffaçable, quel dégoût n'inspirera pas un consentement donné de sang-froid? L'intimité en ce genre, voilà le comble de l'opprobre, l'irrémédiable infamie.»
Mais l'intelligence, consciente ou inconsciente, si elle n'a pas tous les droits, a droit à toutes les absolutions.
... Qui sait si le génie
N'est pas une de vos vertus,
monstres, que vous ayez nom Rimbaud,—ou Verlaine?
FRANCIS POICTEVIN
Comme tous les écrivains qui sont parvenus à comprendre la vie, c'est-à-dire son inutilité immédiate, M. Francis Poictevin, bien que né romancier, a promptement renoncé au roman. Il sait que tout arrive, qu'un fait n'est pas en soi plus intéressant qu'un autre fait et que seule importe «la manière de dire».
Je me souviens de quelque chose dans ce goùt rapporté par M. Sarcey, à propos du lamentable Murger: «A bout lui donna un sujet de roman; il n'en fit rien: c'était décidément un paresseux.» Il est très difficile de persuader à de certains vieillards—vieux ou jeunes—qu'il n'y a pas de sujets; il n'y a, en littérature, qu'un sujet, celui qui écrit, et toute la littérature, c'est-à-dire toute la philosophie, peut surgir aussi bien à l'appel d'un chien écrasé qu'aux exclamations de Faust interpellant la Nature: «Où te saisir, ô Nature infinie? Et vous, mamelles?»