Cavalcando l'altrjer per un cammino,
Pensoso dell' andar che mi sgradia,
Trovai Amor in mezzo della via
In abito legger di pellegrino.
Ainsi s'en va M. Moréas, tout attentif, tout amoureux et «en habit léger de pèlerin». Lorsqu'il appela un de ses poèmes le Pèlerin passionné, il donna de lui-même, et de son rôle, et de ses jeux parmi nous, une idée excellente et d'un symbolisme très raisonnable.
Il y a de belles choses dans ce Pèlerin, il y en a de belles dans les Syrtes, il y en a d'admirables ou de délicieuses et que (pour ma part) je relirai toujours avec joie, dans les Cantilènes, mais puisque M. Moréas, ayant changé de manière, répudie ces primitives oeuvres, je n'insisterai pas. Il reste Ériphyle, mince recueil fait d'un poème et de quatre «sylves», le tout dans le goùt de la Renaissance et destiné à être le cahier d'exemples où les jeunes «Romans», aiguillonnés aussi par les invectives un peu intempérantes de M. Charles Maurras, doivent étudier l'art classique de faire difficilement des vers faciles. En voici une page:
Astre brillant, Phébé aux ailes étendues,
O flamme de la nuit qui croîs et diminues,
Favorise la route et les sombres forêts
Où mon ami errant porte ses pas discrets!
Dans la grotte au vain bruit dont l'entrée est tout lierre,
Sur la roche pointue aux chèvres familière,
Sur le lac, sur l'étang, sur leurs tranquilles eaux,
Sur les bords émaillés où plaignent les roseaux,
Dans le cristal rompu des ruisselets obliques,
Il aime à voir trembler tes feux mélancoliques.
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Phébé, ô Cynthia, dés sa saison première,
Mon ami fut épris de ta belle lumière;
Dans leur cercle observant tes visages divers,
Sous ta douce influence il composait ses vers.
Par dessus Nice, Eryx, Seyre et la sablonneuse
Ioclos, le Tmolus et la grande Epidaure,
Et la verte Cydon, sa piété honore
Ce rocher de Latmos où tu fus amoureuse.
M. Moréas a beau, comme sa Phébé, prendre des visages divers et même couvrir sa face de masques, on le reconnaît toujours entre ses frères: c'est un poète.
Après avoir compulsé des dictionnaires et des manuels, je ne voyais de possibles Sophocles que les deux Robert Garnier, nés à la Ferté-Bernard, quand je songeai à Racine. M. Moréas ne comprendra jamais combien il est ridicule d'appeler Racine le Sophocle de la Ferté-Milon.