—Je vous suivrai, mon ami, sûre d'être bien partout où je serai avec vous.

Cela valait un baiser, que je lui donnai; ensuite je dis:

—Ce n'était pas un péché.

—Oh! par exemple!

Incrédule, elle me raillait. Il fallut consulter des auteurs, lui prouver par des textes la vénialité de notre abandon. Elle en fut chagrinée, ou bien ce n'était qu'une vaniteuse feinte, car je ne lui connus jamais de perversité réelle, une bravade propre à m'émouvoir et à susciter ma contradiction.

—Le péché, dis-je, est toujours médiocre. C'est, en soi, un acte incomplet, borné par sa propre nature et qui n'élabore qu'une simagrée nulle. Contraire à la pensée divine, il demeure à mi-chemin de la contradiction, puisque l'absolu dans le mal est impossible, même à concevoir.

—Je ne cherche pas l'absolu, moi, dit Hyacinthe, et seules, même incomplètes, les sensations me font vivre. Je veux bien qu'elles soient vaines, si leur vanité m'est douce. Tu te souviens qu'aux premières initiations je fus déçue et qu'ensuite telles expériences me contristèrent: eh bien, d'hier la lumière dure encore,—dans le cœur de la modeste peccatrice, mon cher Damase. Pourquoi?

—Parce que l'ironie est un des éléments de la joie et qu'il vous a paru notablement irrespectueux de vous pâmer sous la vigie du Tabernacle, mais il y a de divines indulgences pour ces distractions; ce ne fut qu'un manquement à l'étiquette,—et le reste, vous l'imaginâtes.

—Et quelle différence voyez-vous entre l'imaginaire et le réel?

—Subjectivement aucune, Hyacinthe, vous le savez bien. Toutefois ces deux sortes de faits, différenciés initialement par le verbe, ne marquent pas l'âme des mêmes cicatrices: la pensée se nie par la pensée, et l'acte par l'acte. Vous n'ignorez pas que le péché se commet selon trois modes: en pensée, en parole, en action…