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_Chambre des Députés
Débats parlementaires
Séance du 9 décembre 1890
Compte rendu officiel
M. B…,—«Les Carmélites, congrégation contemplative (Rires à gauche)…»_]
Hyacinthe fut très effarée de vivre sous le règne d'une telle stupidité. Nous crûmes un instant que les temps prédits par Flaubert s'accomplissaient.
—Que vous importe? dis-je en remettant dans son carton l'exemple d'écriture. Nous ne sommes pas solidaires de ces revendications d'imbécillité, puisque nous les jugeons et puisque nous en souffrons. Que la tourbière les enlise et les dévore, eux, nos frères: regardons-les descendre, et quand le sommet de leur crâne vide dépassera seul la ligne de boue, nous mettrons une lourde pierre dessus, de crainte que la terre intérieure ne les revomisse, par dégoût. Ah! je voudrais avoir le courage de travailler à l'avilissement de mes contemporains… Corrompre leurs filles, quelle bonne œuvre! Insinuer l'obscène dans les enfantines mains qui caressent la barbe paternelle de ces mufles! Les empoisonner au risque de périr nous-mêmes. Faire comme ces moines espagnols qui buvaient la mort en la faisant boire à la canaille française violatrice de leur monastère!
Hyacinthe me calma par des secrets qu'elle partageait avec toutes les créatures d'amour—et nous dormîmes.
Je rêvai que, pour lui épargner le méphitisme de l'heure présente, je l'avais vouée à la clôture du Carmel. Le soir, à l'heure de l'office, j'allais dans la chapelle de nuit écouter les voix de ténèbres, et, parmi toutes les voix voilées de deuil, je distinguais la voix de ma chère amante, morte et toujours Hyacinthe.
Jamais je ne fis un plus beau rêve.