Psallus, à genoux, l'écoutait et la regardait; et, quand il entendit le terrible aveu, qu'Elade, cette fois, fit avec désinvolture, comme si elle eût confessé le manquement le plus ordinaire et le plus naturel,—il baisa, pour toute réponse, les mains qui tremblaient un peu dans les siennes.

—N'ai-je point parlé clairement, trop clairement? demanda Elade, surprise.

—Elade, dit Psallus, vous êtes une statue toute pure, et je m'en réjouis, je vous aime telle que les enchantements vous ont faite, et si vous expiez quelque faute, ou si vous êtes la victime d'une méchanceté supérieure aux hommes, je veux expier et je veux souffrir avec vous. Mais tes yeux et tes cheveux, tes épaules et ton sourire sont déjà d'inépuisables coffrets d'Amour, et d'ici que j'aie aimé infiniment chacune de tes grâces visibles et chacune de tes grâces spirituelles, nous serons devenus d'immortelles pensées. Que m'as-tu dit, vraiment? Que tu n'as pas de sexe? En es-tu bien sûre? Ta beauté est d'une femme, ton âme est d'une femme, ton intelligence est d'une femme,—je puis donc t'aimer, et je t'aime. Je ne suis pas venu de si loin et par tant de fatigues, à travers un pays hostile et ce désert effroyable de verdure, cet océan d'herbe et de nuées, je ne suis pas venu vers toi en quête d'un spasme dont toute femme à le secret. Je t'ai désirée telle que tu es, et telle que tu es je te désire encore, mais j'accommode mon désir à ton essence. Ce que tu m'offres, je le prends, et ce que j'ai, je te le donne,—mais je te donnerai peut-être plus que tu n'attends.

—Tu me donnes tout, Psallus, tu me délivres!

—Oui, je te délivre de toi-même et de la peur de ne pas plaire. En t'aimant telle que tu es, je t'enseigne à t'aimer toi-même et à te vouloir telle que tu es. L'enchantement qui te cloue ici, c'est la défiance de toi-même et la crainte des dieux extérieurs. Sois ton propre Dieu, Elade, ô intelligence sacrée, rendue adorable par tant de beauté vue; prends conscience de toi et ne quémande pas la complaisance des regards, sinon amis et d'êtres parallèles à ta force. Sois Toi, Elade, et méprise tout ce qui s'éloigne de toi, et brise tout ce qui s'oppose à ta volonté—obscure, mais qui va resplendir—d'être libre.

—Je suis donc libre!

—Oui, dit encore Psallus, je suis venu t'apprendre que tu n'es plus la prostituée. Le salut est personnel: deviens l'objet unique de ta propre charité; choisis ton plaisir, choisis ton amour, choisis ta morale et ne reçois d'autre commandement que celui qui s'élabore dans le mystère de tes cellules et qui profère son cri saint dans la vibration de tes nerfs. Intelligence, pourquoi veux-tu te donner à comprendre? Comprends toi-même et ne t'inquiète pas des bruits du dehors. Sois absolue. Baisse l'épaule et dégage-toi, si quelqu'un te met la main sur l'épaule, et si un homme veut te baiser les lèvres, mords-le: c'est un faible qui veut te prendre ta force, ton souffle et peut-être ton âme.

Longtemps, ils se réjouirent de paroles d'amour et de liberté. Elade, guérie de ses doutes et de ses timidités, n'avait plus honte de ne pas être pareille aux autres femmes, et même elle commençait sagement à s'enorgueillir des singularités de sa nature; mais à mesure que grandissaient son estime et son amour de soi-même, elle sentait renaître en elle des puissances abolies: son âme miraculisée miraculisait son corps.

—Psallus, dit-elle joyeusement, me voilà métamorphosée en femme.

CHAPITRE V