Frêne, pâle gymnosophiste, arbre ambigu, joie de mon triste cœur.
Noyer, chair obscure et glacée, dame aux cheveux d'algue, ornés d'émeraudes mortes, chapelets des regrets verdis dans l'étang de la prairie aérienne, espoir seul d'étouffer la gorge des amours inattentives, ombelle désastreuse des avortées,
Je me suis endormi à ton ombre, ombelle froide, et je me réveille parmi le délire des suicidés,
Noyer, chair obscure et glacée, joie de mon triste cœur.
Pommier, chaude et pesante ivresse des ventres pressurés par le rut, grappe de complaisance, vigne grasse, dorure des ceintures lâches, tonneau fleuri, abreuvoir des abeilles de pourpre.
Pommes heureuses, vos odeurs m'ont amusé jadis, pendant que le mufle des vaches se frottait à ton dos.
Pommier, tonneau fleuri, arbre heureux, joie de mon triste cœur.
Houx, arbre à peine arbrisseau, ciseau des fesses hypocrites, burin des dos aimables, manche du fouet, poignet du martinet,
Houx aux jeux rouges, de tout le sang jailli sous tes griffes on ferait un philtre de fraternité,
Houx, petit arbrisseau, petit bourreau, joie de mon triste cœur.