Doucement, avec des précautions insidieuses, le ciel s'avive; la ligne du dôme animée d'un peu de violet, le sein, pivoine qui va s'ouvrir, éclate soudain en halo de pourpre; tout le corps de l'idole saigne sous les griffes du lion, et la crinière surgit, les naseaux étincellent, les yeux fulgurent.

Le lion gravit le ciel et se perd dans les bras des nuées qui se disputent l'amant royal; les nuées victorieuses déroulent un nouveau rideau dont les brumes troublent l'image du monde.

II

Le rideau se déchire.

Alors on voit passer sur la scène, qui est un bois d'arbres tronqués, dont toutes les branches gisent parmi les feuilles mortes et les buissons de houx:

Un bûcheron. Sa serpe sur le bras, des cordes de chanvre sur l'épaule, il marche lourdement, le corps plié à gauche. La bûcheronne le suit, écrasée sous une besace; devant s'arrondit un pain, derrière se tasse un petit, dont la tête pend et oscille comme un battant de cloche.

Ils passent, la tête basse, sans rien voir que leurs pieds; ils s'arrêtent: c'est que l'homme veut vider son sabot où une pierre est entrée; il s'appuie un instant sur sa femme, puis tous deux reprennent leur chemin: on voit sur la droite disparaître le battant de cloche.

Les montagnes, en l'attitude d'une femme qui s'éveille, resplendissent à l'horizon.

Un rideau de nuées tombe sur le bois d'arbres tronqués.

III