Ils passent, et de plus graves nuées alourdissent l'air.

VI

Les nuées s'allègent un peu, puis se résolvent, mais l'air est glacé: c'est de la neige.

La neige tombe: les feuilles mortes, puis les vertes feuilles des houx blanchissent sans perdre leur forme, mais la neige tombe toujours plus épaisse; les feuilles mortes ne sont plus qu'un tapis uniformément candide et les buissons de houx ressemblent à de blancs agneaux de sel. On voit arriver, courbés, haletants et aveuglés, le bûcheron et la bûcheronne; le bûcheron porte sur son dos un gros fagot que surcharge la neige; la bûcheronne a mis le petit dans son tablier et elle le protège encore en faisant à sa tête chétive un abri avec sa main tout engourdie.

La neige devient si épaisse et si lourde que les pieds des pauvres gens ont peine à en soulever le poids. Ils s'arrêtent et se consultent, pendant que les deux jeunes gens, occupés de leur seul amour, arrivent et passent; ils ont presque disparu, on ne voit plus que la flottante chevelure blanche de la jeune femme, quand un coup de vent les rejette sur la scène et les couche dans la neige. Ils se débattent, ils prennent pied, ils se relèvent; le vent les couche encore une fois, fauchant du même coup le bûcheron et la bûcheronne, et le tourbillon amasse sur les vaincus une montagne de neige aussi haute que la montagne de granit où l'idole, invisible aux hommes, amuse son sommeil des extatiques rêves de la stérilité.

La nuit tombe.

VII

La lune déchire les voiles de la nuit et l'on ne voit rien qu'une immensité blanche d'où sortent les cous noirs et nus des arbres décapités.

L'idole, au-dessus de la neige, tressaille d'amour impur.

La lune meurt. Nuit définitive et absolue.