Répons.—Je veux baigner dans les eaux fraîches de ta pensée, ô sœur, la nudité de mon désir. Tu connaîtras mon essence si tu m'admets en ta profondeur. Laisse-moi: je tomberai comme une pierre tranchante sur ton sein à jamais blessé, et doucement j'irai au fond de toi et tu saigneras si haut que les hautes feuilles en seront éclaboussées d'amour.

Verset.—Pourquoi veux-tu faire saigner d'amour l'immatérialité de ma paix? O sœur folle et cruelle, je n'ai ni sein, ni sang, et tu n'as ni tranchant ni pesanteur. Nous sommes plus intouchables que la trace de l'oiseau dans l'air et plus invisibles que l'odeur des roses. Je veux bien t'aimer, ô sœur folle, mais va te vêtir, que je te voie!

Répons.—Mais tu es nue, pauvre âme, aussi essentiellement nue que moi-même, et tout n'est que métaphore. Si je revêts mon corps, que feras-tu de mon corps, et de quels yeux contempleras-tu mes yeux?

Antiphone.—L'essence est essentielle et la forme est formelle, mais la forme est la formalité de l'essence.

Cantique.—Nous mettrons les sept roses aux sept clefs de la viole et l'arc-en-ciel sera les cordes.

Respire mon odeur, ô cœur, je suis odorante et mourante, la mort des roses en est la cause.

Respire mon haleine, ô reine, je suis amoureux et peureux, j'ai peur de ton bonheur, ô fleur!

Écoute mes soupirs, ô sire, mes soupirs ont brisé la viole aux sept cordes, mais j'en ferai sept autres avec mes sept désirs.

Écoute mes paroles, ô folle, tes paroles ont brisé les cordes de mon cœur, mais j'en ferai sept autres avec tes sept soupirs.

Regarde dans ma joie, ô roi, les fleurs sont mortes, la viole est morte, tout meurt excepté toi.