[CHAPITRE V]

LE DIMORPHISME SEXUEL


II. Vertébrés.—Insensible chez les poissons, les sauriens, les reptiles.—Le monde des oiseaux.—Dimorphisme favorable aux mâles: le loriot, les faisans, le combattant.—Paons et dindons.—Les paradisiers.—Le dimorphisme modéré des mammifères.—Effets de la castration sur le dimorphisme.


II. Vertébrés.-Les différences sexuelles sont généralement insensibles parmi les poissons, les reptiles, les sauriens. Elles s'accentuent quand on arrive aux vertébrés supérieurs, aux oiseaux et aux mammifères, mais sans jamais atteindre à l'extrême dissemblance qui caractérise un grand nombre d'arthropodes. Chez les oiseaux, la disparité sera de coloration, de volume, de longueur, forme et frisure des plumes; chez les mammifères, de taille, de poil, de barbe, de cornes. Parfois la femelle des oiseaux est plus belle ou plus forte; plus forte, d'envergure plus puissante chez le serpentaire, le busard, le faucon, le vautour cendré et beaucoup de rapaces; plus belle chez les turnices de l'Inde. L'un d'eux, le phalarope gris, résout en faveur des femelles le rêve des femmes: il laisse à sa compagne les brillantes couleurs, se contente de l'habit le plus terne et, ne pouvant pondre, assume cependant la suite des soins maternels: c'est lui qui couve.

En général, dans le monde des oiseaux, la nature est favorable au mâle. C'est un prince dont l'épouse semble morganatique. Souvent plus petite, comme la canepetière (sorte d'outarde), la fauvette des jardins, elle est presque toujours vêtue telle qu'une Cendrillon. Les oiseaux que les femmes font massacrer par millions pour se déguiser en perruches ou en geais, ce sont des mâles pour la plupart: leurs sœurs à plumes ont de modestes robes, et l'on dirait que cette humilité, devenue favorable aux espèces, a été voulue par la nature, en prévision de la bêtise et de la méchanceté humaines. Ce loriot jaune d'or, aux ailes et à la queue noires, a pour amante un moineau vêtu de brun, de verdâtre et de gris. Le faisan argenté (qui est un faux faisan) exhibe une huppe noire surgissant de sa nuque blanc d'argent; son cou et son dos sont du même métal; son ventre sombre a des reflets bleus; son bec est bleu; ses joues, rouges, et rouges, ses pattes. Plus petite, la femelle vêt tristement son ventre d'une chemise blanchâtre, son dos, d'un manteau roux. Chez le vrai faisan, le dimorphisme est encore plus accentué. Le mâle (il s'agit du, faisan commun), grand et fier, et qui se laisse admirer volontiers, est, sur la nuque et le cou, vert foncé; sur le dos, les flancs, le Ventre, la poitrine, rouge cuivre à reflets violets; sa queue est rousse avec des bandes noires; une touffe mordorée s'épanouit sur sa tête, et le tour de l'œil est d'un rouge vif. Bien plus petite, l'humble femelle se couvre d'un plumage terreux, tacheté de noir. Le beau faisan doré est en effet tout en or, or sur vert. Sa queue et ses ailes jaunes, son ventre rouge safran achèvent la splendeur de ce merveilleux mâle. La femelle se contente d'une pelisse terre de Sienne qui couvre son dos et retombe sur son ventre peint en ocre.

Une petite tête sortant d'un énorme tour de cou de blanches plumes ébouriffées; un corps moyen; deux longues pattes. C'est le combattant. Il faut ajouter à la tête un bec effilé, orné à la base d'une grappe de raisin rouge. On ne sait de quelle couleur est le mâle; il est de toutes les couleurs. On l'a laissé blanc, on le retrouve roux; il était noir, le voici violet; plus tard, il apparaîtra tacheté ou barré dans les tons les plus divers.