Huit jours. Vers la nuit, elle dit à Jeanne qui entrait, à la muette, avec deux sous de lait et le sucre de son café dans un coin de journal:

«Je ne dors pas, va! et je ne dormirai plus qu'une fois. Ça galope, pa-ta-tan, pa-ta-tan... Il y en a deux, ma chère, de chevaux! Tiens, ils s'arrêtent,... Ah!...»

Plus personne.

Victorine ouvrait la porte.

«Retourne! La voilà évanouie! Tâche de ramener un curé. Elle est finie.»

Deux trous noirs s'ouvrirent dans le masque blanc. Une voix lointaine soufflait:

«Tout de même, en voilà un qu'est canaille.—Et Paolo, montrant le cadavre, leur dit: Un homme en blouse, entré et sorti par cette fenêtre, a poignardé le comte, emmené l'ouvrière. La fin a demain.» Ah! je ne veux pas mourir. La fin, la fin! Mon Dieu! que je vive seulement jusqu'à demain, jusqu'au jour! Dis, Jeanne, tu me feras vivre jusqu'à demain? Jeanne, Jeanne, ma petite chérie, écoute bien! quand ça serait ma dernière heure, ma dernière minute, tu me le lirais, n'est-ce-pas le feuilleton de LA FIN, comme tu m'as lu tous les autres? Dis, tu me le jures? Dis, dis? La fin! la fin!

—Pensez à votre âme, récita le prêtre, dès la porte, demandez pardon à Dieu de vos fautes, mourez chrétienne. Sa miséricorde infinie, n'attend qu'un mot, un signe, une pensée de regret, un acte de foi et de soumission à sa divine volonté pour vous ouvrir ses bras cléments!»

«—La fin! la fin! Je veux savoir. Non, non, pas mourir encore!

«—Résignez-vous, mon enfant! Dites seulement: Seigneur, pardonnez-moi, parce que j'ai péché! Si vous saviez comme il est bon, comme il aime ses créatures même pécheresses! Bientôt vous le saurez, si le repentir... Vous saurez...