Il est vrai que je les avais respires d'avance. Ah! je m'en souviens. Ce n'était pas un parterre, c'était une forêt, ce qui revient au même: on peut se tromper de symbole.

Donc, il n'y a pas de présent. Mon arithmétique se simplifie. Donc; l'avenir est incertain, puisque croyant pénétrer dans la sauvage inculture d'une forêt un peu désordonnée, je me suis trouvé dans les allées polies d'un joli petit parterre: nous y fûmes très sages, nous ne foulâmes point, d'un pied distrait, les plates-bandes et nous respirâmes les odeurs agréées par l'horticulture, avec des gestes d'assentiment très convenables. Donc, le passé seul a quelques chances d'existence.

Voilà la question réduite à la plus simple unité et la voici: cela vaut-il la peine de voyager pour avoir des souvenirs? Tous ceux qui sont allés à Constantinople ou aux Gobelins peuvent répondre.

Mais pour revivre, il faut avoir vécu.

Est-ce moi qui vient de parler? j'avais cru entendre une voix oraculaire.

N'importe, le point de départ de ma logique était faux, car la conclusion est absurde.

Nous sommes dans les imaginaires, c'est-à-dire dans la réalité transcendante ou surnaturelle, pourquoi donc, alors, ne pas mettre les deux pieds sur le même plan? Ai-je besoin, pour rêver à des amours, d'avoir serré contre ma chair de la chair aimée? Naïveté. Est-ce que Guido a touché sa madone? Estelle une femme avec qui il ait dormi dans un lit, ou seulement joué sur un canapé? Pourtant il y a une vraie joie d'amour à revêtir son illusoire charnalité pour aimer, en sa personne, l'intangible créature de ses songes!

Je raisonne bien, décidément. Je suis un logicien.

J'aurais dû prendre cette carrière… Ah! voici la maison! Déjà? tiens, la même exclamation qu'hier soir. Je ne m'ennuie pas avec moi-même. Non, et me voilà revenu d'où je suis parti.»

Entragues haussa les épaules, songeant: «On dirait qu'il y a au-dessus de nous quelqu'un de plus fort et qui nous raille.»