La jolie bête, comment est-elle faite? Elle court trop vite, on voit qu'elle court, on ne la voit pas, la jolie bête.
L'homme est tout nu, haletant et l'œil cruel, comme un chasseur, tout nu, pourtant, et désarmé.
Il court après la jolie bête: «Attends-moi, jolie bête, attends-moi!» Il court après la jolie bête.
«Jolie bête, je vais t'attraper, ah! jolie bête, je te tiens, jolie bête.»
L'homme a bondi, il a posé son pied sur la jolie bête, son pied nu, bien doucement, pour ne pas lui faire de mal.
Ah! je te tiens, jolie bête!»—«Non, non, tu ne me tiens pas. Ton pied nu s'est posé sur mon ombre.
Ah! cette fois, jolie bête, vous êtes ma prisonnière; je te tiens, jolie bête, je te tiens dans mes mains.
—Tu me tiens et tu ne me vois pas, car l'odeur de mon corps aveugle les hommes. Tu me tiens, et tiens!
Tiens, je t'échappe et je cours. Cours après moi, cours après la jolie bête.
Ah! voilà soixante ans que je cours, je suis las; viens, mon fils, c'est loi qui la prendras, la jolie bête.