Fleurs, musiques, égratignures et caresses vocales, épaules, diamants, chamarures, car la comtesse avait des relations dans la diplomatie étrangère.

Sixtine, augurale apparition, surgit dans le cliquetis d'une portière japonaise; une de ses mains jouait avec les multicolores perles.

Elle s'avança; derrière elle, Moscowitch, le regard attaché à ses pures épaules. De toute la tête, sa démesurée stature dominait la jeune femme; il marchait dans ses pas, et Sixtine, chancelante, semblait une toute petite fille maintenue en lisière par un géant. Hubert, avec un salut d'une impertinente familiarité, passa entre eux et offrit à Sixtine son bras vers une chaise. Le Russe, résigné, gagna un groupe d'hommes d'où il surveillait les causeurs.

—Vous aviez l'air sous la tutelle de cet homme fort, j'ai voulu vous en délivrer.

Elle se mit à rire, d'un rire bien énigmatique:

—Mais non, il me suivait pour le plaisir, sans doute, de m'avoir sous ses yeux. Une femme, au bal, a-t-elle rien de mieux à faire que de se laisser regarder?

—Et, n'est-ce pas, reprit Hubert, un très vif plaisir que de montrer ses bras, ses épaules, sa gorge?…

—Très vif, non, mais enfin, les désirs que l'on évoque bourdonnent aux oreilles comme un vol de papillons printaniers et le frolis de leurs ailes parfois est doux à l'épiderme. Vous ne pouvez pas comprendre, c'est trop féminin.

—Oui, murmura Hubert, avec une tendre, mais indéniable ironie, la femme est une religion pleine de mystères. Je ne demande qu'à adorer sans comprendre, et à m'agenouiller dans les ténèbres, les yeux levés vers la symbolique petite lampe rouge: mystères joyeux et mystères douloureux, les méditer alternativement, ne jamais savoir, peut-être, les aimer en leur secrète essence et aimer l'être cher dont ils sont l'émanation.

Elle leva vers lui des regards attristés, puis avec un peu de colère: