Il s'était arrêté. Son regard fixait le fond du jardin, là-bas, où les deux jeunes gens, à demi cachés par la touffe de roseaux, se tenaient immobiles. Robert se retira brusquement de la fenêtre.
—Je ne l'embrasserai plus jamais! dit-il tout haut. Elle est à un autre!
Il s'était reculé jusqu'à la glace qui surmontait sa cheminée. Alors il aperçut son visage si défait, le désordre et la violence de ses idées si manifestement empreints sur ses traits, qu'il en fut saisi. Une lumière rapide se fit en lui. «Oh! dit-il en se prenant le front, est-ce que...?» Et cette question, qu'il n'osa achever, le rendit tout pâle.
Quelqu'un frappait à la porte. Il n'entendit qu'à la seconde fois.
—Entrez! dit-il en se détournant.
C'était Geneviève Maldonne. Elle entra. Sa physionomie avait une dignité plus grave, une sorte d'assurance et de tristesse à la fois, qui ne lui étaient pas habituelles. Elle ressemblait, sa tête régulière un peu raidie par l'émotion et calme avec effort, à la statue de la pitié qui, pour une fois, serait chargée de faire justice.
—Vous me surprenez bien accablé, dit Robert, qui essayait de se ressaisir et de faire bonne contenance devant elle. Venez, je vous prie... Tenez, voici le fauteuil... Désirez-vous...?
Il la conduisait, ne sachant trop ce qu'il disait, près de la fenêtre. Elle fit signe qu'elle voulait demeurer debout. Elle était en pleine lumière. Il la regarda de nouveau. Et il comprit si bien, qu'il baissa les yeux, et s'assit à contre-jour, sur le bras du fauteuil.
—J'ai à vous parler de choses sérieuses, Robert, dit madame Maldonne, d'une voix nette, à peine tremblante.
Il affecta de le prendre légèrement.