Claude, avant de répondre, suivit des yeux Thérèse qui traversait l'appartement, pour aller pousser un battant de la fenêtre, flamboyant sous la lumière du couchant. Elle marchait sans bruit, la tête droite, son cou délicat ombré de mèches folles. Sans paraître y prendre garde, elle écoutait. Claude eut cette impression très nette qu'elle n'était pas indifférente à ce qu'il allait répondre. Peut-être eût-il éludé l'invitation et brisé l'aventure, n'emportant que le souvenir agréable de l'accueil qu'il avait reçu et l'image renouvelée, embellie, de cette enfant. La nuance d'attention qu'il crut saisir chez Thérèse, la grâce aussi de cette tête un peu fière, qui se dessinait sur la baie lumineuse, en décidèrent autrement.

—Je crains, répondit-il, d'être un élève médiocre, mais je reviendrai volontiers.

—Convenu! repartit le naturaliste. Vous me trouverez presque toujours, le soir, au jardin, où j'ai mon laboratoire, là-bas, vous voyez?

—Le jardin, dit Thérèse à demi détournée, c'est ce qu'il y a de plus joli ici.

Claude fut sur le point de répondre: «Oh! non!» Il le pensa. Et elle le devina. Il se sentit rougir. M. et madame Maldonne se demandèrent pourquoi. Ils n'étaient plus jeunes.

—Eh bien! dit-il, je reviendrai, un soir, après dîner.

Il salua les deux femmes, serra la main de M. Maldonne, traversa de nouveau, cette fois les yeux à terre, le bosquet qu'il avait tant admiré une demi-heure plus tôt, et se retrouva sur la route. Il s'étonnait de l'émotion vague qu'il éprouvait, et de ce qu'il avait été, timide en somme et un peu gauche. Ces gens très simples, par leur simplicité même, leur cordialité vraie, l'avaient jeté en dehors des phrases convenues. Il avait promis de revenir. Se proposait-il de devenir l'élève de M. Maldonne? Non, ce n'était pas sérieux. Alors? D'ordinaire ses actes étaient plus réfléchis. «Puisque je l'ai promis, se dit-il, je reviendrai. Mais je mettrai un intervalle entre cette première visite et ma seconde.» Il se rendait compte qu'il avait obéi, et c'était une récidive, à l'attrait de cette jeune fille, la fille d'un simple conservateur de musée de province. Mais il n'insista pas, et chercha, sur la route, quelque chose qui pût lui éviter, vis-à-vis de lui-même, l'aveu complet de sa faiblesse.

A trente pas, un homme venait, vêtu de telle façon qu'il ne pouvait passer inaperçu, à cette heure et à cette place: jaquette claire ouvrant sur un gilet blanc, chapeau gris, cravate ornée d'une épingle.

Au moment où il croisa Claude, il le considéra attentivement, et reporta les yeux vers l'enclos des Maldonne. Il se demandait sûrement: «D'où vient-il?» Claude pensa de même: «Où peut-il bien aller?» Et quand il se fut éloigné de quelques cents mètres, à l'endroit où les premières masures s'élevaient au bord du chemin, il se détourna. Là-bas, devant le portail vert, l'inconnu s'était arrêté. Il avait le bras levé vers la sonnette, et, par-dessus son épaule, il regardait Claude.