Supiat se mit à rire, et tendit son museau à la clarté pâle de la nuit, comme une bête qui flaire le vent.
—Alors, Durgé, l'affaire est dans le sac?
—Parbleu! C'est ce que je venais te dire.
—Je préviens cet imbécile de Ravoux, que j'échaufferai en parlant de justice et d'exploitation patronale; il défend à Cloquet et à Dixneuf, au nom du syndicat, d'accepter trois francs; il va lui-même trouver le patron, qui s'emporte, qui parle de promesse, de parole donnée...
—Je t'en réponds; il a dit qu'il ne céderait pas...
—Et le patron achète sa faucheuse... Et le Meximieu est un peu plus détesté... Allons! mon vieux, cela va bien. Je vais jeter ma dernière nasse.
Il prit sur l'herbe la cage d'osier toute poussiéreuse de vase sèche, la souleva, et s'avança, en s'écartant un peu vers la gauche, jusqu'à l'endroit où la rive, dominant d'un pied l'eau de l'étang, permettait de jeter aisément la nasse entre les roseaux.
Il revint en essuyant ses mollets tachés de boue, reprit ses sabots qu'il avait laissés au pied d'un baliveau, et, frappant sur l'épaule de Durgé:
—Il y a aussi un camarade qu'il faut abattre, Durgé. Tu sais bien lequel. J'ai entendu des syndiqués, même des jeunes, qui me reprochaient la raclée que je lui ai donnée. Il aurait vite un parti, ce vieux-là, il est malin...
—Tu ne sais donc pas les dernières nouvelles, comme disent les journaux?