—Il me l'a demandé deux fois. J'ai refusé. J'ai écrit: «Je ferai l'annonce à la grand'messe; je recevrai les offrandes que quelques-uns de mes paroissiens voudront bien m'apporter, pour suppléer aux indemnités supprimées du Concordat. Mais aller de maison en maison, c'est inutile. On m'accueillera bien presque partout, j'en suis sûr, mais on ne me donnera presque nulle part.»
—Qu'a répondu l'évêque?
—Il a répondu: «Quêtez, ne fût-ce que pour connaître votre paroisse.» Je suis parti, j'ai été voir moi-même mon évêque; je l'ai supplié; je lui ai dit: «Mais, je la connais cette paroisse! A quoi bon demander à ceux de ces hommes et de ces femmes qui n'assistent pas même à la messe, qui travaillent le dimanche, qui jurent comme des diables et s'amusent de même? Essayer de les prêcher? Je veux bien! Les servir? oh! de tout mon cœur inemployé! Être leur ami incompris, bafoué, frappé peut-être, oui encore! Mais provoquer la réponse de l'indifférence ou de la haine, et compter, à chaque fois: «Encore un qui renie son Dieu! Encore un autre! un autre!» c'est un supplice au-dessus de mes forces, monseigneur.»
—A-t-il eu la faiblesse de vous écouter?
—Non, il m'a répété: «Je vous donne l'ordre, pour la troisième fois, d'aller partout. L'heure est venue où il doit être demandé compte à la France de son baptême. Allez, mon ami, et ne craignez pas.»
—Et alors?
—Vous voyez, je suis décidé: je prépare mes listes.
Il y eut un silence.
—Monsieur l'abbé, dit Michel, j'ai à vous raconter une histoire toute pareille à la vôtre. Moi aussi, j'ai eu peur du sacrifice qui m'est demandé.
—Il est aussi dur que le mien? oh! alors, je vous plains...