—Non!
L'abbé demeura en arrière, son chapeau à la main, et il suivit lentement l'homme qui lançait la faux.
—Au nom de ceux qui ont fauché ici avant vous, dit-il, et qui sont morts!
Les deux hommes marchaient sur le même chaume; ils entendaient chacun le piétinement de l'autre.
—Au nom de vos enfants, qui n'auront pas, sans Dieu, toute la joie de leur vie!
Tous deux ils frôlaient de la poitrine les mêmes épis qui allaient tomber.
—Au nom de votre âme abandonnée, et que je voudrais sauver!
Le paysan ne répondait plus. Il y avait de la colère, dans le bruit de sa lame tranchant les épis. D'ailleurs, le dos du champ, le haut de la vague rousse était tout voisin, et l'homme allait descendre l'autre versant du blé. Quand l'abbé vit cela, il laissa le faucheur, et alla vers d'autres champs et d'autres cœurs.
A huit heures du soir, il n'avait pas paru au château de Fonteneilles. Il ne vint pas non plus le vendredi. Ce fut seulement le samedi soir qu'on vit descendre, par l'avenue de hêtres, un abbé Roubiaux qui ne ressemblait plus entièrement à l'ancien. Il semblait avoir encore maigri; sa soutane était blanche de poussière; il marchait en boitant et appuyé sur un bâton: mais la petite tête noiraude, inattentive à la route, épanouie, dans le rêve, écoutait sûrement le cantique de la vie nouvelle. Le prêtre venait dans le crépuscule d'été, qui est aussi clair que le jour, et plus doux.
—Eh bien! et la quête? cria Michel en traversant la cour. Est-elle finie?