—Laquelle, mon ami?

—M'en aller. Après ce qui est arrivé, je ne peux plus vivre ici... Je n'ose plus regarder les gens, je vois qu'ils pensent tous à Marie et à Lureux quand ils me rencontrent... Il n'y a plus que vous qui pensiez à moi. Je veux m'en aller.

—Que feras-tu au loin?

—Ce que je fais ici.

—Et où veux-tu aller?

—Conduire vos bœufs, si vous en vendez, en septembre. Où ils seront, je resterai.

Michel répondit, après avoir songé un moment:

—Cela se peut, Gilbert; j'ai six grands vieux bœufs qui feraient bien l'affaire des sucriers... Si je me décide à les vendre à la foire de septembre, je te préviendrai.

Il tendit la main au journalier. Et ils ne se dirent rien de plus. Mais ils pensèrent l'un à l'autre, quand ils eurent pris chacun sa route, au milieu des bois qui devenaient tout noirs, et sur lesquels pesait une bande de ciel rouge, comme la barre de fer que les compagnons, la journée finie, laissent se refroidir et brunir sur l'enclume.

Ils se revirent encore plusieurs fois pendant le mois d'août. Le hasard les faisait se rencontrer, au coin d'un taillis, ou sur la route de Fonteneilles, ou dans les champs voisins du château. Mais ils se saluaient, jadis, et ils passaient: à présent, ils avaient plaisir à causer l'un avec l'autre. Et l'un seulement s'en étonnait, c'était Gilbert. Quand il avait parlé un quart d'heure avec Michel de Meximieu, il songeait tout le reste du jour, et souvent plusieurs jours, à ce qu'ils avaient dit, et il était comme ceux qui reviennent d'un voyage.