—Qu'est-ce que vous pariez? dit le forgeron, dans un coin.
Une voix près de lui, celle d'un petit berger qui se penchait en dehors, riposta:
—Tiens, voilà madame Heilman qui vient: celui qui gagne embrasse la patronne!
—C'est cela! dirent de grosses voix amusées. Qui est-ce qui tient le pari?
Heilman ne dit rien. Il consentait, indulgent, comme toute la campagne, à ces familiarités consenties en public. Il avait vu venir sa femme, lui aussi. Elle venait, courant, sautant d'une pierre sur l'autre, chaussée de sabots à brides, et la tête couverte d'un châle en tricot gris, qu'elle mettait le matin, dans les grands froids, pour aller surveiller la laiterie.
Quand elle entra, sous le vaste toit, deux hommes arrivèrent encore, des écuries et des greniers, comme des pigeons qui se laissent tomber du toit, et Victor lui ayant dit: «Patronne, celui qui sera vainqueur à la lutte vous embrassera!» elle leva les épaules, à la manière des mères qui jugent qu'il y a un grain de folie dans les demandes de leurs enfants, et elle dit:
—J'étais venue pour prévenir Heilman que la bière est tirée.
Elle s'assit, à l'écart, sur un billot de chêne qui était placé contre le mur de brique. Et elle fronça les sourcils. Elle venait de voir Gilbert, qui avait sauté du haut de la pile de bois à terre, et qui se préparait à lutter. D'un revers de main, il avait jeté sa veste sur le timon du chariot, et il s'avançait jusqu'à deux pas de Victor.
—Je vous défie tous! dit-il.
—Bravo, le vieux! cria une voix... Il est galant!...