—C'est par amitié, tu le sais bien!
—Je n'en veux pas!...
Gandhon courait, à grandes enjambées, maladroites à cause des sabots, vers un groupe de camarades arrêtés à cinquante mètres de là. Ils reprirent leur marche. Une voix jeune lança de nouveau un des couplets haineux de la chanson haineuse. Dans l'immense paix trompeuse des bois, les mots passaient, et s'en allaient apprendre au loin que les pires passions politiques avaient envahi les campagnes.
Quand le bruit des pas et des voix eut cessé, M. de Meximieu cessa de regarder l'ombre bleue où tout ce mauvais songe avait disparu, et il regarda son fils, qui était debout à sa droite, son fils moins grand que lui, moins beau, moins bien taillé, semblait-il, pour la vie de lutte, d'audace et de défi. Quoique les ténèbres fussent lourdes déjà, Michel sentit la compassion dédaigneuse, l'espèce de désaveu dont toute sa jeunesse avait été accablée.
—Dis donc, mon petit, ton métier n'est pas drôle avec des brutes comme ces gens-là!
—Que voulez-vous, c'est l'aboutissement...
—De quoi?
—De bien des fautes... Aucun de nous n'est sans responsabilité.
—Ah! mais non! Moi, je n'en ai pas! Je n'en veux pas, de tes responsabilités! Dis-moi donc celle que j'ai eue?... Quelle misérable espèce! Plus rien! Pas plus de cœur pour la France que mes Arabes de Blida! Et tu les défends!
Une seconde fois, Michel se sentit enveloppé de ce dédain qui s'étendait à tout, aux idées de Michel, à la profession de Michel, au corps médiocre de Michel, au silence que Michel avait gardé tout à l'heure, et que le général avait dû prendre pour de la peur. Il ne retrouva plus la force qu'il s'était promis d'avoir toujours, de discuter, de réfuter, d'expliquer, et de se montrer à la fois respectueux avec son père et conséquent avec soi-même. Il dit: